L'objet de la science est nécessaire
Dans le même texte d'Aristote, il est dit que, pour savoir vraiment, il faut savoir que les choses ne peuvent être autrement. La science est donc pénétrée d'une certaine nécessité. Il ne s'agit j)as ici de la nécessité inhérente à toute existence, à tout fait, et qui s'exprime par l'adage : Enti necesse est esse, quando est. Car cette formule, {|ui n'est autre chose que le principe de contradiction, s'applique à tout, et par conséquent ne peut pas servir à définir la science. Aussi bien, la nécessité dont parle Aristote n'est pas une nécessité conséquente k l'existence, mais une nécessité antécédente, c'est-à-dire une loi.
La science ne consiste pas dans la connaissance des laits particuliers, même lorsqu'on y réunit la cause et leil'et; une généalogie est une histoire et n'est pas une science.
La science s'occupe des lois. Qu'il s'agisse de mathéma-
tiques pures, de physique, de physiologie, de géologie, le savant cherche toujours et partout la loi. L'objet propre de la science est la loi. Or qui dit loi, dit nécessité qui s'impose, nécessité antécédente. L'objet de la science est donc nécessaire, comme l'enseigne Aristote.
Mais il convient de faire ici une distinction qui a échappé à ce païen, parce qu'il n'avait pas des notions exactes sur la liberté divine.
Il peut exister des lois et des nécessités d'ordres différents. Les lois des essences sont absolues; les sciences, telles que la métaphysique ou les mathématiques pures, ont des conclusions absolument nécessaires. Mais il y a des lois posées par des volontés lii^res, et qui n'ont par conséquent qu'une nécessité hypothétique. Un État bien ordonné est régi par des lois positives, lois qui s'imposent aux citoyens et qui les nécessitent à certains actes ; mais cette nécessité dépend toujours d'une hypothèse cachée dans la volonté du législateur toujours libre dans ses décrets.
Telles sont les lois physiques. Certes, le monde est régi par des nécessités permanentes, stables, efficaces. Mais ces lois, établies par la Cause créatrice, restent toujours sous la dépendance du législateur suprême.
Je sais que certains rationalistes s'efforcent de soumettre Dieu à la loi que lui-même impose à ses œuvres. On connait la préoccupation qui pousse ces philosophes à soutenir que les lois de la matière sont absolues ; mais on attend vainement les raisons péremptoires par lesquelles ils prouveront que cette nécessité tient à l'essence de la matière qu'ils avouent d'ailleurs si peu connue.
La vérité est que le Dieu Sage est le Dieu des sciences. Il a établi et il conserve les lois de ce monde, et c'est pour cela qu'il peut y avoir science physique. Mais, libre dans ses créations, il reste au-dessus des lois qu'il impose, et il peut les suspendre ou les modifier dans un dessein digne de sa Sagesse, et par conséquent digne du Dieu des sciences.