‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 243 sur 581 · Forma est actus · texte numérisé non relu

Forma est actus

La matière et la forme étant deux corrélatifs, tout ce ([ue nous venons de dire pour expliquer comment la matière est « puissance », démontre en même temps que la forme est « acte ». Il y a plus : si on y réfléchit, on reconnaîtra que nous avons expliqué la matière par le composé , et le composé surtout par la forme. C'est que le détermi-

(l) « Maleiia, lioc ipsum ([iiotl est. dicitur ("^se ad rorinain. Eriio os^eniialem habet dependentiam a forma. » (S. Bonavent., Senlenl.,[\b. II, dist. mi, art. I, q. 1).

26i LIVRE IV. — CAUSE FORMELLE ET CAUSE MATÉRIELLE.

nable ne s'explique que par le déterminé, et le déterminé par le déterminant.

En d'autres termes, on ne peut parler de Têtre qu'en tant qu'il est vraiment être, c'est-à-dire, en tant qu'il est déterminé. D'un composé tout ce qu'on peut dire, sauf qu'il est matériel, provient de la forme. C'est par la forme qu'un objet quelconque peut être connu, distingué, défini; c'est par la forme qu'il est ce qu'il est. — Forma est qua eus est id qiiod est.

On doit donc admirer la précision de langage avec laquelle Aristote définit la forme : La raison de ce qu'est chaque chose (1). — « La raison » : non pas uniquement la raison subjective, procédant de noire manière de concevoir ; plus que cela la raison objective , c'est-à-dire, ce qui dans chaque chose détermine l'être, et par suite détermine nos pensées et nos discours.

Boèce explique ce rôle de la forme par un excellent développement dont je vais donner le résumé.

« Dans toute science, il faut considérer la forme, non l'image idéale, mais la vraie forme qui est l'être lui-même et par qui l'être est ce qu'il est, car tout être est par sa forme. » En effet, continue-t-il, une statue se définit la représentalion d'un être vivant, et cette définition ne provient pas de l'airain qui en est la matière, mais de la forme qui lui donne sa beauté. Et l'airain ne se définit pas par la terre qui est sa matière, mais par sa forme d'airain. Et la terre elle-même ne se définit pas par la matière informe, y.a-à r/;v uAr,v, mais par la pesanteur et la sécheresse qui sont des formes. « Rien donc ne se dit d'après la matière, mais tout se dit suivant la forme (2). »

(1) TÔ£tSo;xatTÔ ;tapà5£iY[Aa,T0'JT0 ô'àffrlv 6 Xôyo; tout: TjV elvat. (Métaphys., liv. Y, chap. ii.) Aristote avait déjà donné celte détinition au livre II de sa Physiq., chap. m, et S.Thomas l'interprète ainsi : <. Species dicilur causa, in quantum est ratio quidditatis rei : hoc enim est per quod scimus de unoquoque quid est. » (S. Thomas, Physic, lib. II, lect. 5.;

(2) « Oportebit ipsam inspiccre forrnain, quœ vere est forma ncc imago est, et qucC esse ipsum est, et ex qua esse est; oinne nanique esse ex lorri>a

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