Principe de classification
Toute notre longue discussion au sujet de la matière et de la forme peut se résumer dans les propositions suivantes : La matière est le principe déterminable; la forme est le principe déterminant ; le composé est l'être déterminé. Il résulte de là que, toutes les fois que dans la considération d'un objet quelconque « déterminé », nous pourrons distinguer quelque chose qui de soi est « déterminable » et quelque chose qui de soi est « déterminant », nous aurons lieu à distinguer une matière et une forme.
Si la détermination est réelle et précède tout acte de notre intelligence, c'est la preuve que l'objet en question est réellement composé d'une matière réelle et d'une forme réelle. Si la distinction entre le déterminable et le déterminant provient de notre manière de concevoir, la matière et la forme resteront dans Tordre logique. Or les matières se jugent d'après les formes. Donc il suftit d'opérer la classification des formes.
^68 LIVRE IV. — CAUSE FORMELLE ET CAUSE MATÉRIELLE. 2. — Formes naturelles, formes artificielles.
Il y a apparition d'une nouvelle forme, lorsqu'un être devient ce qu'il n'était pas. Or un être « devient » par l'action d'une cause efficiente ; d'où cet adage scolastique : C'est la cause efficiente qui introduit la forme dans la matirre. Il en résulte qu'on peut classer les formes d'après les causes efficientes.
D'ailleurs, toutes les transformations qui se passent sous nos yeux sont dues à l'art ou à la nature; l'arbre est produit par les forces de la nature, et la statue par le eénie de l'artiste. D'où une première distinction entre les formes naturelles et les formes artificielles.
Mais ce n'est là qu'une classification extrinsèque n'atteignant en rien l'intime de la forme, car la main de l'homme et l'eau du torrent peuvent également arrondir le caillou. Et, à vrai dire, en quoi consiste l'artifice de l'homme, sinon à faire agir sous sa direction les forces de la nature.
Cherchons donc une classification plus essentielle et plus intime.