Réfutation de l'erreur platonicienne
Quelle qu'ait été la véritable pensée de Platon, — sujet éternel de dispute, — ce qu'on entend en général par la théorie platonicienne est le système suivant.
Au-dessus du monde matériel, il existe un monde d'idées subsistantes, d'essences ([ui subsistent par elles -mèiiK^s en dehors de toute matière, déformes parfaites plus substances que les êtres d'ici-bas. Ces idées, ces essences, ces formes, comme on voudra les nommer, pures de toute matière et
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de toute contingence, sont éternelles, parfaites et infinies, chacune dans sa ligne. C'est en les contemplant directement que notre esprit perçoit la vérité, la beauté, toutes les perfections. C'est encore en elles que nous voyons tout ce qui est immatériel et universel. C'est là que se trouve non pas tel homme, mais l'homme, non pas tel animal, mais l'animal, non pas tel être vivant, mais l'être vivant.
Ces formes sont les prototypes des choses de ce monde, et tous les êtres qui nous entourent n'en sont que les images. D'où vient la similitude entre ces deux mondes? Les uns disent que les formes déchues sont tombées dans la matière qu'elles informent; d'autres disent que ces idées subsistantes sont les causes qui ont produit les êtres qui leur ressemblent, en imprimant leur type dans la matière comme le cachet dans la cire.
Telle est, en quelques mots, cette théorie célèbre. Aristote l'a prise à partie (1) et combattue avec vigueur, en s'appuyant sur ce principe que, dans la nature, chaque être est vraiment un et ne contient rien d'étranger. Donc, conclut-il avec raison, la cause matérielle et la cause formelle, en tant qu'elles sont les principes constitutifs de la substance, ne peuvent subsister que dans la sulDstance. Si, en effet, la forme subsistait en dehors du composé, elle pourrait bien venir se mélanger à la matière, mais elle ne formerait pas avec elle un être véritablement un. Expliquer les constitutifs de ce monde matériel par l'hypothèse d'un autre monde, c'est donc doubler la difficulté sans l'éclaircir.
Examinez, en effet, continue Aristote, ce que vous appelez l'homme universel, l'homme tout court; il possède, n'est-il pas vrai, la même essence que cet homme particulier et que cet autre ; or, dans chacun de ces deux hommes, la matière fait partie de l'essence individuelle, et vous ne pouvez concevoir un homme sans corps. Donc aussi, dans
(1) Aristote, Métaphys., liv. 1, diap. vu.