‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 261 sur 581 · D'une primauté de la forme sur le composé · texte numérisé non relu

D'une primauté de la forme sur le composé

Mais voici qu'une difficulté plus grande encore se présente à notre méditation. Les arguments qui établissent la primauté de la forme sur la matière semblent porter plus loin et démontrer que la forme prime le composé luimême.

En effet, la forme, par essence, est acte et perfection. Quant au composé, il n'est pas un principe de perfection, mais il est parfait, et cela par une participation de la perfection. Or ce qui est principe de perfection prime ce qui est parfait par participation. Donc la forme prime le composé.

En outre, la forme dépendmoins du composé que le composé de la forme. Il est vrai, certaines formes ne peuvent exister sans le composé; mais quelques autres survivent en elles-mêmes, tandis qu'il est impossible que le composé

ai. I. — PASSAGE DE LA CAUSE FORM. A LA CAUSE EXEMPL. 285

existe naturellement sans sa forme. Or une dépendance moindre dénote une supériorité d'être. Donc encore la forme prime le composé.

Enfin, cest par la forme que le composé est un, et par conséquent qu'il est êh^e. Donc la forme est plus être que le composé suivant l'adage : Propter quod unumquodque taie, et illud magh.

Ces conclusions sont rigoureuses. Ou il faut abandonner ce principe que la forme est l'acte; ou il faut retenir cet axiome que l'acte prime; ou bien on doit admettre les conclusions qui ressortent de ces deux vérités, c'est-à-dire admettre une certaine primauté de la forme sur le composé, et dans cette primauté retrouver et la prééminence ontologique et la priorité d'existence.

Mais qu'entendre par cette préexistence, par cette prééminence? Qu'entendre par cette forme avant la matière? où est-elle? quelle est-elle? Ces questions s'imposent; il faut les résoudre.

Et qui ne s'est déjà aperçu que nous glissons peu à peu vers la doctrine des formes platoniciennes : formes existant par elles-mêmes et préexistant aux corps, formes plus parfaites que les choses corruptibles de notre terre, formes produisant et les corps et nos connaissances, formes enfin subsistant éternellement par elles-mêmes? Faut-il donc admettre ce monde des idées?

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