De l'emploi des exemples tirés des arts
Ces considérations nous font comprendre pourquoi, dans l'étude des causes, les philosophes reviennent toujours à des exemples tirés de l'industrie ou de l'art. Tantôt c'est d'une statue, tantôt d'une maison, d'un navire ou d'une horlog-e, qu'ils cherchent à discerner les causes.
Jusqu'ici nous pouvions croire que c'était uniquement parce que, dans les ouvrag-es des hommes, il est plus aisé de reconnaître les causalités, et souvent nous avons fait valoir ce motif. Mais il est temps d'en finir avec cette raison mesquine, aveu implicite de notre ignorance à l'égard des causes naturelles; car les sceptiques arguent toujours de cette ignorance, pour nous interdire de passer des œuvres de l'art aux œuvres de la nature, et de celles-ci aux œuvres du Divin Ouvrier. Affirmons-le donc fièrement : la raison, pour laquelle nous recourons sans cesse à l'exemple des opérations artistiques, est plus haute et plus belle. C'est parce que là nous pouvons voir à l'œuvre des causes d'un ordre supérieur; là, nous trouvons une cause efficiente intelligente; là, nous voyons briller la cause exemplaire, c'est-à-dire l'idée.
Il est bien vrai, l'effet produit est d'un ordre infime, puisqu'il ne consiste qu'en certaines modifications accidentelles de figures ou de mouvements. Mais ce que je cherche à connaître, ce n'est pas l'effet, c'est la cause. Que m'importe donc le plus ou moins de dignité de l'effet, si je rencontre une cause véritablement cause, une cause enveloppant de toute part son œuvre dans son idée? Malgré la petitesse de l'effet, je suis alors en face d'une grande causalité. Le bon sens vulgaire ne s'y trompe pas, et, devant un chef-d'œuvre
(I) Foaseca, Melajyhys., liv. Vil, cap. viii, 9. (, sect. 3.