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Quatrième prééminence : l'idée est principe d'unité

Nous avons reconnu plus haut que, dans chaque être, c'est la forme qui est le principe d'unité. Mais d'où provient cette propriété? Comment se fait-il qu'en enlevant quelques éclats à un bloc de marbre, j'enveloppe ce qui reste dans l'unité? D'où vient qu'en pétrissant l'argile, la configuration extérieure produise l'unité, non pas seulement l'unité de bloc par opposition au bloc voisin, mais l'unité de statue."* La réponse se devine; ce travail accompli sur une matière informe lui communique la ressemblance à l'idée qui est une, et par là même lui donne l'attribut de l'unité.

Tout être est un par sa forme ; toute forme est une par son idée ; toute idée est une par son essence même.

7. — Cinquième prééminence : l'idée est indéfiniment communicable .

D'anciens philosophes ont débattu la question de savoir si la même forme est communicable à plusieurs matières. On peut les accorder aisément. La forme informante, la forme qui est dans la matière, la forme de ce iuarl)r(\ de cette argile, est inséparable du composé individuel où elle

se trouve, et par conséquent incommunicable à d'autres matières. — Mais la forme, qui est l'idée, par là même qu'elle est indépendante de chaque matière, est communicable à toutes. Son caractère est même la puissance de se communiquer, le pouvoir de déverser partout ses flots de beauté sur le bois, le marbre, l'or, l'argile, comme le soleil disperse à la fois ses rayons sur les rochers, les prairies, les moissons, les fleuves et les mers.

8. — Sixièine prééminence : son unité hors du nombre est principe du nombre.

On ne peut nombrer que les choses semblables, et en tant qu'elles sont semblables. Un charpentier et un forgeron font deux artisans ; un Anglais et un Russe, deux hommes; un homme et un lion deux êtres vivants ; un homme, un lion, un rocher, trois substances ; un homme, un lion, un rocher et un mouvement, quatre choses.

Pour réunir par le nombre plusieurs êtres, il faut donc négliger en eux les propriétés par lesquelles ils diffèrent, pour n'abstraire que les propriétés communes à tous.

Je n'ai pas actuellement à étudier la légitimité et le principe de ces diverses abstractions, mais je conclus de ce qui précède, que ce qui communique à d'autres êtres ce qu'ils ont de commun, est la raison formelle de leur dénombrement et le principe de leur nombre. Or, c'est l'idée qui réunit les diverses statues dans une espèce commune. Donc c'est l'idée qui est le principe du nombre des individus dans l'espèce.

Remarquez que je prends ici le mot espèce dans le sens physique des réalités. Espèce est ici synonyme de forme. Tous les Laocoons sont de même espèce parce qu'ils sont de même forme ; et tous ils sont de même forme, parce qu'ils sont tous la reproduction de la même idée. Donc c'est bien cette idée une qui permet de dénombrer ses représentations. Quanta clic, elle reste hors nombre; le modèle n'entre pas en addition avec ses images.

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