Élévation vers la Cause Première
Lorsqu'on s'est élevé à ces hauteurs, on est en pleine lumière et en pleine vérité.
Déjà la cause exemplaire nous avait appris à passer de l'effet jusqu'à la cause, et à y pénétrer par le moyen de l'idée. Mais, si cette relation nous apprend que cette cause est intelligente, elle ne peut, d'ordinaire, nous instruire davantage sur sa nature. La statue est semblable à l'idée, mais l'idée n'est pas semblable au statuaire. Et pourquoi cela, sinon parce que l'intcllig'ence de l'artiste reçoit du dehors les éléments de son idée, et que sa pensée se modèle sur des types étrani^ers?
L'œuvre me révèle cette pensée, rien de plus; et poui- le reste le statuaire m'est totalement inconnu.
Mais, Vous, ô mon Dieu! vous qui avez créé le ciel et la terre pour que nous vous connaissions, vous vous livrez davantage. Tout en restant absolument renfermé sous les voiles qui dérobent votre nature intime à toute intelligence créée, cc[)cndant, de toutes les causes, vous êtes et la mieux connue et la plus facilement connue.
(1) s. Thomas. I, q. IG, arr. G.
324 I.IVRK V. — CAISK EXEMPLAIRE.
Car l'objet éternel et adéquat de votre Intelligence étant votre propre Substance, et toutes vos idées étant contenues dans la Pensée que vous avez de Vous-même, il y a similitude absolue et nécessaire entre votre Parole intérieure et Vous-même, dans T unité d'une même Substance. Or ce Verbe est la raison de tontes les créatures, puisque vous avez tout créé par votre Parole. Il se trouve donc que tout vous est semblable, par une similitude d'imitation avec votre Pensée et votre Parole. Imitation détaillante, imitation imprégnée de mille dissemblances, imitation infiniment au-dessous du modèle, mais pourtant imitation qui donne à tout ce qui existe l'existence réelle, similitude qui rend tout ce qui existe absolument vrai, enfin imitation et similitude qui nous permettent de proclamer les perfections absolues de votre Être Infini.
C'est ainsi que la créature est une échelle pour remonter à Dieu par voie d'analogie et de similitude. Je m'arrête; car c'est au traité de la Cause Première qu'il faut réserver ces belles considérations et leurs démonstrations développées. Mais je veux au moins citer le passage de saint Augustin, qui me les a fait connaître. Que le métaphysicien admire la pensée de ce grand génie, et que le chrétien adore les mystères cachés sous un langage philosophique :
... Hœc est Veritas et Verbum in F^rincipio, et Verbum Deus apud Deuni... Unde et Verbum ejiis et Lux ejus rectissime dicitur. Ccetera Illius unius similia dici possunt in quantum sunt, in tantum enirn et vera sunt; hœc est autem Ipsa Ejus Similitude, et ideo Veritas. Ut enim veritate sunt vera, quœ vera sunt; ita similitudine similia sunt, quspcumque similia sunt. Ut ergo Veritas forma verorum est, ita Similitude forma similium est. Quapropter vera, quoniam in tantum vera sunt, in quantum sunt; in tantum autem sunt, in quantum Principalis Unius similia sunt. Ea forma est omnium quw sunt, quœ est summa Similitude Principii; et Veritas est, quia sine ulla dissimilitudine est (1\
(I) s. Augusl., De vera religione, cap. xxxvi.