De trois réponses à un même pourquoi
La cause finale répond à la question : Pourquoi? Mais cette question peut avoir plusieurs sens, et par suite appeler plusieurs réponses. Autant de réponses, autant de points de vue différents sous lesquels on doit considérer la cause finale.
Je questionne Polyclète qui frappe le marbre avec son ciseau. — Pourquoi travailles-tu? — Pour faire une statue. Première réponse.
— Mais pourquoi travailles-tu? — Pour remporter le prix. Deuxième réponse.
— Mais, encore une fois, pourquoi travailles-tu? — Pour acquérir la gloire. Troisième réponse.
Je trouve ainsi dans Polyclète trois intentions qu'il faut soigneusement distinguer.
1° Il travaille pour sculpter une statue. Son intention est de réaliser une statue. Le « but » vers lequel tend son opération est l'œuvre même qui résulte de cette opération. Finis operationis est opiis.
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2" Mais rintciitioii de l'artiste va plus loin que son travail. Il prétend que sa statue serve à quelque chose. Il veut que par sa forme, sa grâce, ses qualités artistiques, elle agisse sur l'esprit des juges et obtienne la couronne. Le sculpteur se propose un résultat que son œuvre doit réaliser par elle-même, et la statue sera parvenue à sa « fin », lorsque, par une sorte d'action propre, elle aura atteint le « but » que lui avait assigné son auteur. Finis operis est operatio ejiis.
3" Au-dessus de ces intentions, il en existe une troisième qui est l'intention d'acquérir de la gloire. C'est même cette intention qui donne le branle à tout le reste. Polyclète sera « opérant » jusqu'à ce qu'il ait acquis la gloire. Si une première statue est insuffisante, il se remettra au travail et il ne se reposera qu'en possession du bien qu'il désire. Finis operantis est bonum adipiscendum.
En résumé, trois sortes de fins :
La fin de <* l'opération >^, finis operationis: c'est l'œuvre à laquelle aboutit l'opération. — La fin de « l'œuvre », finis operis : c'est le résultat que doit réaliser l'œuvre par elle-même. — La fin de « l'ouvrier », finis operantis : c'est le bien dont le désir excite l'ouvrier à produire son œuvre.