‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 310 sur 581 · Stérilité de cette philosophie · texte numérisé non relu

Stérilité de cette philosophie

Le principe positiviste est une négation. Or une négation ne peut être le fondement d'une science; car, quoi qu'on fasse et quoi qu'on dise, le ])on sens donnera toujours raison à Aristote définissant le savoir : Une connaissance des causes. Aussi bien les philosophes positivistes se sont efforcés d'obtenir des propositions affirmatives.

L'étude serait longue, mais curieuse et instructive, si l'on faisait le relevé de tous les efforts tentés dans notre siècle pour expliquer le nécessaire par le contingent, la

liv. IV, chap. V.) L'ink'rpn-te lalin suivi par la Scolastique a traduit : Talihus opinionibus facti siiul rei. Là-dessus, Albert le Grand ajoute : Reatus enim mugnus csl philosophorum laies incurrere opiniones. (Metap/njs., liv. IV, Ir. 3, cap. IV.)

DES CAtSES. 22

338 LIVRK V. CAISK EXEMPLAIRK.

loi par le variable, la substance par le phénomène. On verrait des hommes, d'un talent remarquable, venir successivement se poser en révélateurs, renversant les systèmes de leurs devanciers et proposant à leur tour une hypothèse aussi peu consistante. — Quand ils détruisent, leur logique est inexorable. Celui-ci démontre qu'un vrai positiviste ne peut admettre aucune loi invariable; celui-là que le phénomène ne peut fournir l'absolu ; cet autre que l'analyse du concret ne peut conduire à l'abstrait; tous, que la négation ne peut donner raffirmation. — S'ils s'en tenaient là, il n'y aurait qu'à applaudir à leurs succès; mais l'intelligence de ces penseurs a trop de valeur pour se contenter d'ienorer. Une force innée la pousse invinciblement à chercher le savoir, c'est-à-dire, l'affirmation. Ces positi^dstes affirment donc à leur tour, commettant le même paralogisme qu'ils ont condamné dans les autres, et qu'on leur reprochera bientôt. Image fidèle d'une antique entreprise aussi impie et aussi vaine! Comme autrefois, ils veulent construire sur le sable une tour qui atteigne le ciel; et, comme autrefois, ces travailleurs entrent en discorde, chacun se forgeant un langage individuel, ou détournant les termes usuels de leur signification traditionnelle, et « personne ne comprend plus la parole de son prochain », sauf, toutefois, lorsqu'ils jettent tous en commun à la Vérité Éternelle ce cri blasphémateur : No?i.

Un seul de ces philosophes m'a semblé constamment fidèle à la logique. Partant du phénomène comme unique réalité, il parvient à la loi, à la substance, à l'Infini, à Dieu, et tout son édifice est lié par un seul et même ciment. Bien plus, il remet en honneur la langue péripatéticienne, et toutes les anciennes distinctions entre l'acte et la puissance. Tout son système semble reproduire, et quelquefois à s'y méprendre, la théorie d'Aristote.

Mais ce n'est là qu'une similitude de surface, comme l'empreinte imite par ses creux les reliefs d'un cachet;

eu. M. — DES DÉTRACTEURS DE LA CAUSE EXEMPLAIRE. 339

car, ce qu'Aristote appelle acte, ce philosophe Tappellc puissance, et ce qu'Aristote appelle puissance, il l'appelle, acte. Et comme afin de mieux affirmei' que. pour lui, cette identité des contradictoires est la loi du devenir et le terme du progrès philosophique, il unit dans un même embrassement Hegel, fervent disciple d'Heraclite, et Aristote, impitoyable adversaire d'Heraclite (1)1

(1) « Ce que la philosophie a de mieux à faire après plus de deux mille ans. c'est de reprendre la formule péripatéticienne en l'expliquant et en la traduisant dans notre lanftage moderne. Le premier philosophe de ce siècle, Hegei, lui en a donné l'exemple. » (Vaclierot, Science et Métaphysique, t. J, p. 427.)

Page 1