Conclusion de ce chapitre
Nous voilà parvenus par deux voies difl'ércntcs à cette importante conclusion : Toute action suppose une intention.
La cause finale est, au même degré que les causes efficiente et exemplaire, cause essentielle de l'effet.
Remarquez-le bien : cette conclusion n'est pas un résultat de l'observation; elle se déduit par un raisonnement métaphysique. iNous ne disons pas : Voici un organisme si bien ordonné qu'il ne peut provenir du hasard, et qu'il porte en lui la marque évidente d'un plan et d'une intention. Nous affirmons : Ce caillou est là parce qu'une volonté l'a ordonné; ce duvet parcourt sous le souffle de la brise une courbe tracée d'avance par une pensée et un vouloir.
Cette intention se propose-t-elle quelque but ultérieur? Je l'ignore encore. Mais je sais, d'une manière générale, que l'intention préside à quelque action et précède quelque devenir que ce soit.
Telle est la vraie doctrine philosophique au sujet de la cause finale, et cet enseignement n'est que l'épanouissement du concept de la cause.
Qu'il s'agisse delà cause efficiente, exemplaire ou finale, la théorie est toujours la même. Ce n'est pas l'expérience qui nous rend certains de l'axiome : « Pas d'effet sans cause efficiente ». Souvent, j'en conviens, nous voyons à la fois et la cause et l'effet, et l'expérience alors constate la vérité de l'axiome. D'autres fois, la vue de l'effet nous permet de deviner la cause, comme une trace sur le sable fait reconnaître l'homme qui a passé. Mais l'absolu de la science part de plus haut. Toute l'ardeur du savant qui cherche, toute la confiance de l'expérimentateur qui observe, sont soutenues et sans cesse avivées par cette connaissance certaine : « Pas d'effet sans cause ; pas de phénomène sans loi ». Et j'attends que le plus positiviste des chimistes, en me montrant une réaction qu'il a découverte, me dise : Ce phénomène ne comporte ni loi ni cause.
Or ce que je viens de dire au sujet de la cause efficiente doit se répéter au sujet de la cause finale. Souvent nous pouvons observer à la fois l'organe et la fonction, et l'expérience confirme cette vérité que toute machine est construite
CHAP. 11. — NÉCESSITÉ MÉTAPHYSIQUE DE l'îNTENTION. 365
dans un but déterminé. Souvent la vue du système nous révèle sa cause finale, comme un piège dans un sentier nous apprend l'intention du chasseur. iMais, au-dessus de toutes ces observations et de toutes ces confirmations, plane l'axiome : « Pas d'effet sans cause finale. Pas d'action sans intention. »
Qu'importe, après cela, si beaucoup de causes finales nous sont cachées? Connaissons-nous donc toutes les causes efficientes? Nous savons comment ce caillou s'est arrondi, mais nous ne savons pas pourquoi. Eh bien, par contre, nous savons pourquoi l'œil a été fait, et nous ne savons pas comment il a été construit.
En terminant ce chapitre, je répète l'observation que j'ai faite en commenrant : Une objection a dû se présenter souvent à la pensée du lecteur : N'y a-t-il donc que des causes intelligentes? Les animaux, les corps bruts, les agents physiques ne sont-ils donc pas de véritables causes? Renfermer les causes dans le monde des intelligences, n'est-ce pas faire acte d'un spiritualisme outré? n'est-ce pas bannir la causalité du monde matériel, et, par là môme, mettre en doute la réalité des corps?
A toutes ces questions, je n'ai maintenant qu'une réponse : Patience ! Plus tard nous aurons à résoudre ces difficultés. Mais nous en sommes encore à étudier les principes de l'être, et les raisons de la cause sous leur aspect le plus général et indépendamment de toute spécification particulière. N'oublions pas que la science descend des principes pour expliquer les êtres particuliers. Nous sommes encore sur les cimes. — Patience! Nous descendrons peu à peu, et la vérité de nos grands axiomes se manifestera avec un nouvel éclat, lorsque nous verrons les réalités physi(|ues venir d'elles-iuonies se ranger dans nos cadres métaphysiques.
En attendant, nous devons regarder comme acquis que toute cause complète est intelligente et voulante, et nous pouvons continuer avoir dans les œuvres de l'art, fruits de