‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 35 sur 581 · FORMATION DE LA METAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

FORMATION DE LA METAPHYSIQUE

Position de la question.

De nos jours, on distingue deux sortes de sciences, les sciences rationnelles et les sciences expérimentales. Cellesci remontent des eCTets particuliers aux lois générales et des phénomènes à leurs causes; celles-là consistent à tirer de quelques principes généraux ou de certains axiomes toutes les conséquences, soit par le raisonnement syllogistique, soit par le calcul qui n'est au fond qu'une forme de syllogisme. Ces deux espèces de sciences sont poursuivies actuellement avec un zèle et un succès merveilleux. Dans l'antiquité, la méthode expérimentale était peu connue; aussi la connaissance du monde physique étaitelle bien incomplète et entachée de beaucoup d'erreurs. Au contraire, les sciences de déduction étaient cultivées: de là ces beaux travaux de mathématiques pures qu'on admire encore, et ces traités philosoplii([ues qui suffiraient à la gloire d'une époque. Aussi, dans le langage aristotélicien, la science proprement dite est la science procédant par la démonstration syllogistique.

L'instrument dune telle science est le raisonnement ; mais l'instrument ne suffit pas, il faut lui fournir sur quoi s'appliquer. En d'autres termes : la science a pour objet les choses universelles et poui- principes des véi'ités universelles, et c'est en dehors de la voie démonstrative qu'il

faut aller chercher la connaissance des unes et des autres. Il est vrai que certaines sciences subalternes peuvent recevoir de sciences supérieures les prémisses nécessaires; mais la question n'en devient que plus pressante, au sujet de la première de toutes les sciences. Où la métaphysique ira-t-elle puiser son objet? où ses principes?

Ce sont là deux questions à résoudre; heureusement elles sont solidaires. La première est relative à l'acquisition des notions universelles considérées en elles-mêmes, ou, comme dit Aristote, considérées conmie incomplexes. La seconde regarde l'acquisition des principes premiers, propositions qui relient ensemble deux notions distinctes, et que pour cela Aristote appelle com^o/ea^e^ (1).

Je n'ai pas, on en conviendra, à entreprendre ici la discussion de tous les systèmes anciens ou modernes sur l'origine des idées ; la Scolastique suit Aristote. Je n'ai pas même, pour le but que je me propose dans ces prolégomènes, à exposer dans tous ses détails le système du Philosophe; il me suffira d'en faire connaître les lignes principales.

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