‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 37 sur 581 · CHAPITRE II. FORMATION DE LA MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. FORMATION DE LA MÉTAPHYSIQUE

n'est plus opposé au sensualisme que la doctrine péripatéticienne, telle qu'elle a été comprise par la Scolastique. Car cette doctrine est fondée sur l'opposition entre l'universel et le particulier, l'un plus notoire par nature, l'autre plus notoire pour nous, l'un aussi loin que possible des sens, l'autre aussi près que possible des sens.

" Ce n'est pas, dit Âristote, par la sensation que Ton sait, ouoÈ oi' aÎTÔviffewi; sœtiv eTrîcTacrOai. Car bien que la sensation ait pour objet l'individu en tant qu'il est ceci ou cela et non en tant qu'il est celui-ci, cependant, ce que Ton sent est nécessairement un individu particulier qui est ici et maintenant — hic et nunc — tcoû xa\ vûv. — Il est donc impossible de sentir l'universel et le général. Car l'universel n'est pas l'être caractérisé par hic et nunc, ce caractère répugnant à la notion de l'universel, puisque nous appelons universel ce qui est toujours et partout, — ubique et semper — ~o àe\ xat TCavxa/ou. — Si donc les démonstrations portent sur l'universel, et si l'on ne peut sentir l'universel, il est évident qu'on ne peut savoir par la sensation. Cela est si vrai que, si par la sensation nous pouvions constater que la somme des trois angles d'un triangle est égale à deux droits, nous en chercherions encore la démonstration, sans prétendre par là, comme plusieurs le soutiennent, mettre en soupçon notre connaissance sensible. Car sentir a nécessairement pour objet le particulier, et la science consiste à connaître l'universel : AîaôâvsdOai jasv yàp àvavxr; xaô' â'xxffTOv, r, o'ÈTTKJrr^u.ri xo) -o xaOôXou ywoi^i'Çei'^ eîti'v (^1). »

Il est impossible d'affirmer d'une manière plus nette l'abîme qui sépare la connaissance scientifique et la connaissance sensible, et de mieux démontrer que ces deux connaissances procèdent de facultés essentiellement diilérentes. C'est ce que la Scolastique a compris, eu traduisant mot à mot le texte d'Aristote pour en former l'adage suivant : Sensus quidem est si/iffidarium, intellectus vero universalium.

(t) Derniers analytiq., liv. I, cliap. xxxi.

LIVRK PREMIER. — PRINCIPES DE LOGIOUE.

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