‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 38 sur 581 · Nécessité de la sensation pour acquérir l'universel · texte numérisé non relu

Nécessité de la sensation pour acquérir l'universel

Cependant l'école péripatéticienne tient que la sensation est nécessaire pour que l'on parvienne à la connaissance de Tuniversel. De là cette maxime dirig-ée contre les Platoniciens : Nihil est in intcllectu, quin prïus fuerit in sensu

« Il est évident, dit Aristote, que si quelque sens fait défaut, nécessairement la science correspondante fait aussi défaut sans qu'on puisse l'acquérir. En elTet, nous n'apprenons que par l'induction ou la démonstration, celle-ci partant des universels, celle-là des particuliers. Or, d'un côté, il est impossible de parvenir aux notions universelles, si ce n'est par l'induction ; car même les choses abstraites ne sont connues que par l'induction qui permet de déterminer ce qui, tout en restant inséparable de l'être singulier, appartient au genre. D'un autre côté, celui qui n'a pas la sensation ne peut opérer l'induction ; car les objets singuliers sont l'objet de la sensation et non de la science.

« Ainsi, on ne peut savoir ni par les universels si l'induction n'y a conduit, ni par l'induction si la sensation n'a précédé (1).»

Cet enseignement est très important. Toute la doctrine péripatéticienne repose sur la distinction entre « ce qui est plus notoire par nature » et « ce qui est plus notoire pour nous ». Le plus notoire par nature est le plus loin (le la sensation, à savoir l'universel ; le plus notoire pour nous est ce qui est le plus voisin de la sensation, à savoir l'individu matériel. Or c'est un axiome incontesté que nous devons d'abord procéder du plus connu pour nous au moins connu pour nous. D'où résulte cette conséquence inévitable, que la sensation est le point de départ de toute science (2). Mais prenez garde à ne pas vous laisser en-

(1) Derniers aaalytiq., liv. I. chap. xviii.

(2) La sensation est prise ici dans un sens tout à fait général, qui conilirend les phénomènes de conscience en tant qu'ils affectent le sens interne.

Page 1