De l'induction
Il faut donc une opération qui soit comme l'intermédiaire entre la sensation et la connaissance universelle. Aristote enseigne que cette opération est Vinduclion qu'il définit précisément : « le chemin qui conduit des singuliers aux universels, » à-aYo)^"^ ck -r; y.r.z -rwv -/.xO' £-/.7.7t;v ï-\ ~y. y.y- OiX:'j z>c$:; (3).
Mais, avant d'aller plus loin, il faut expliquer avec soin ce qu'Aristote entend ici par l'induction, car ce mot est pris dans des sens différents.
Ainsi, Aristote lui-même range quelque part V « induction » parmi les syllogismes (i). Le raisonnement par induction consiste à énumérer tous les objets particuliers pour les réunir en une s^Tithèse. Par exemple : l'observation directe et successive a montré que le bœuf, la chèvre, le mouton et autres ruminants ont tous, sans exception, le pied bifide. On peut donc formuler cette proposition générale : Le ruminant a le pied bifide ; et cependant on ne perçoit aucun lien intrinsèque entre ces deux propriétés.
(1) Derniers nnalyllq., liv. II, cha|). dernier. {2j Derniers (iKahjliq., liv. I, chaii. \x\i.
(3) Topif/., liv. 1, ( liap. x.
(4) Premiers analyliq., liv. II, cliap. xviii.
36 LlVUi: PREMIKR. — IMUNCIPKS I)K LOfilQUE.
Mais, précisément parce que cette conclusion ne s'appuie que sur une énumération, il faut que celle-ci soit complète, 'liyàp iT.yr((,i';rt cià rxvTwv. Aussi a-t-on remarqué justement que cette induction est stérile, en ce sens qu'on ne sait après rien qu'on ne sût avant; car elle ne fait que réunir en un faiseau des connaissances dispersées. On doit ajouter que cette opération ne conduit pas à un véritable universel ; car si elle fournit une conclusion où le prédicat est dit de tout sujet, elle ne permet pas d'affirmer que de soi il convient au sujet, et cependant le véritable universel est nécessaire. Nous n'avons pas à nous occuper davantage de cette signification du mot « induction », qui pour Aristote lui-même n'est qu'une signification secondaire.
Dans le langage de la philosophie moderne, le mot (( induction » est pris dans un autre sens; il signifie le procédé qui consiste à généraliser les données particulières, à étendre à une classe tout entière d'objets les propriétés observées dans quelques-uns. C'est bien là un passag-e du parliculier à l'universel, et les succès obtenus par ce procédé montrent combien il est puissant, lorsqu'on l'emploie prudemment. Mais, à vrai dire, c'est encore là une sorte de raisonnement fondé sur cette foi implicite qu'il existe une loi régissant toute la classe qu'on étudie. On peut même réduire le raisonnement par induction, à un raisonnement par déduction, sous la forme du syllog-isme suivant : Telle propriété ne peut se trouver dans quelques sujets, sans se trouver dans tous les sujets de la même classe, — or elle se rencontre dans quelques sujets, — donc elle se trouve dans tous ceux de la classe. Gomme on le voit, toute la certitude ou la probabilité de la conclusion dépend de la certitude ou de la probabilité de la majeure, et l'on éviterait bien des aventures, si l'on ne concluait par l'induction qu'après lui avoir donné cette forme de déduction. Mais de tout ceci résulte que « l'induction », dans le sens moderne, n'est pas cette voie que nous cherchons pour passer du particulier à l'universel. Car elle est un raisonnement au