‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 41 sur 581 · CHAPITRE II. FORMATION DE LA MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. FORMATION DE LA MÉTAPHYSIQUE

moins virtuel, et par conséquent elle fait déjà partie de la science.

Qu'est-ce donc enfin que l'induction qui fournit l'universel? Encore un coup, ce n'est pas une sensation, puisqu'elle suit la sensation ; ce n'est pas un raisonnement, puisqu'elle i'ouinit au raisonnement sa matière. Qu'est-ce donc?

C'est une opération qu'on ne peut pas mieux expliquer qu'on n'explique la sensation et la pensée, mais qu'on peut caractériser par ses effets et ses propriétés, et c'est ainsi que nous revenons à la définition d'Aristote : « L'induction est le chemin du particulier à l'universel. »

4. — Comment on obtient l'universel par l'induction. Premier texte d'Aristote.

Dans les Derniers Analytiques, consacrés à l'étude de la science déductive, Aristote commence par définir l'universel et les principes premiers, et ce n'est qu'à la fin de son ouvrage qu'il parle de la manière dont on parvient à leur connaissance. Il y a dans cette marche un ordre dans lequel on reconnaît la rigueur de logique qui caractérise le génie du Stagirite.

Que nous possédions des notions universelles, c'est un fait incontestable, et l'ignorance de la voie par laquelle nous arrivent ces notions ne saurait nuire ni à leur clarté nia leur certitude. La nature de la science, les caractères de la démonstration, les procédés légitimes du raisonnement, tout cela peut donc être décrit et étudié en soi-même, sans qu'on ait à se préoccuper de l'origine des idées. Il convient même de ne pas mêler l'incertain au certain, d'étudier d'abord les théorèmes inséparablement liés ensemble, et de rejeter à plus tard l'examen d'un problème difficile.

Ce problème, voici comme Aristote s'efforce de le résoudre enfin au dernier chapitre de son ouvrage (1).

(1) Derniers anobj/ir/., liv. 11, cliai>. dernier.

38 LIVRE PREMIER. l»RTNCIPES DE LOC.IOrE.

La sensation se trouve dans tous les animaux. Chez les plus parfaits, lorsque la sensation cesse, il y a persistance de son terme, [xivr; -:cu aî^Ov/aToç, c'est-à-dire que, l'acte de sentir n'existant plus, ces animaux sont susceptibles de conserver encore quelque chose dans l'âme , sys'.v ï-zi Iv 'fi '^■^'■^T.Ti'i c'est en cela que consiste la mémoire qu'on observe dans un grand nombre d'animaux.

« Mais, beaucoup de souvenirs une fois réunis, il y a cette dilférence, que, chez certaines espèces, de ces souvenirs il sort une raison — Xoyo;, — et chez les autres rien de tel ne se produit.

« Donc de la sensation naît la mémoire, comme on Ta dit; de la mémoire d'un même fait répété naît l'expérience, car les souvenirs numériquement multiples sont ime seule expérience. Enfin, de l'expérience, c'est-à-dire, de tout ce qui repose dans l'àme à l'état d'universalité, à l'état d'unité malgré la multiplicité, naît la notion de ce qui dans tous est un et le même, tou ivoç irapà Ta TroXXa (yivETai) ô àv Iv aTraatv £v ev^ l/.eîvotç

tô auTo, véritable universel) qui est le principe de l'art et de la science : de l'art s'il s'agit de produire, de la 'science s'il s'agit de connaître.

« Ainsi, la connaissance des principes n'existe pas en nous naturellement; elle ne provient pas en nous d'autres connaissances plus notoires, mais elle part de la sensation. »

Cette doctrine, au premier abord, pourrait sembler sensualiste. Mais n'oublions pas ce dont Aristote nous a prévenus : « on ne sait point par sensation ». Ici encore, il a soin de nous dire que la mémoire sensible ne suffit pas pour produire l'universel, mais qu'il faut une liaison — a^y^^-

Saint Thomas, dans son commentaire, ne manque pas d'insister sur ce point capital; il traduit même le mot \'z^;zq par l'expression ratio cina tio , pour mieux affirmer l'existence d'un abîme infranchissable entre les natures raisonnables et les natures dépourvues de raison.

Dicit (Aristoteles) quod cum multa sint talia animalia habentia memoriam, inter ea ulterius est queedam differentia. Nam in quibusdam eorum fit ratiocinalio de his qua' rémanent

Page 1