CHAPITRE IV. 1)K LA PERFECTION
rei perfectio consistit in ipsa forma ex qua speciem sortitur. Secunda vero perfectio consistit in operatione rei per quam res aliqualiter suum finem attingit(l).
La perfection finale est une opération du sujet, et puisque c'est dans les êtres vivants que nous étudions cette question, la perfection finale est une opération vitale. Donc une telle opération procède essentiellement d'ane activité intrinsèque et par conséquent en dépend. La floraison est Ja perfection finale du rosier ; mais il faut que la sève pousse du dedans au dehors le bourgeon et la fleur. Jusque-là, l'arbuste n'est point parvenu à sa fin, quelles que soient les roses étrangères qu'on fixerait à ses rameaux.
De là des conséquences très importantes que je ne fais qu'indiquer ici :
1" La perfection finale d'un sujet dépend de 1' « opération » de sa cause et de la « coopération » active du sujet.
2° Le terme étant un, l'action qui y conduit est une. Donc la cause et le sujet actif se rencontrent dans une même action. Plus tard, nous aurons à analyser cette double influence.
3° Mais déjà nous pouvons dire que cette action unique puise des caractères différents à ses deux sources. Saint Thomas a fait grand usage de cette proposition, et quelques-uns de ses commentateurs en ont fait grand abus, faute d'en comprendre le véritable sens.
4° Nous pouvons enfin répondre à la question (fue nous nous sommes posée plus liant : la cause a pour la perfection finale qu'elle assigne à son œuvre une intention aftective, mais cette intention est-elle quelque chose de plus? — Oui : elle est une intention effective, puisqu'il faut ({ue la cause « opère » pour que son œuvre « coopère ». Mais cette intention n'est pas un décret absolu, /;m/<"'/f'n/.ssaiil (m prédéterminant, car l'intention de la cause se porte
(1) s. Thomas, III, q. 29, art. 2.
442 LIVHK vu. CORRÉLATION DKS CAUSALITÉS.
vers la perfection de son œuvre à travers la virtualité qu'elle y a déposée. Elle veut donc cette perfection comme elle peut résulter de la vertu contenue dans la perfection formelle. Que si cette vertu est contingente et défaillante, que si elle a besoin de quel([ue secours extrinsèque comme la graine a besoin d'humidité pour germer, que si elle peut être contrariée dans son opération comme le fœtus soumis à de funestes influences, que si le sujet peut libre- 7nent résister à Vinfluence supérieure, la perfection finale ne sera pas atteinte, l'être ne parviendra pas à son terme final. Or la cause, en voulant la virtualité, la veut telle qu'elle est, et par conséquent avec ses contingences. Donc, dans la cause, l'intention de la perfection finale, bien quelle soit affective et effective, n'est pas un décret absolu.
C'est la pensée qu'exprime saint Thomas dans le passage suivant :
Corrumpere naturam non est divinie pro vident iœ. (Dionys, 4, de Div. Nom.) Hoc autem habet quarumdam rorum natura quod sint contingentia. Non igitur divina providenLia necessitatem rébus imponiL, contingenliam excludens (1).