CUAPITRE IV. DE LA PERFECTION
obtenue, qu'une nouvelle intention la détermine et ([u'une nouvelle action la réalise.
2° En partant de l'effet :
Le sujet qui ne possède encore que virtuellement sa perfection finale est encore en puissance par rapport à cette perfection. Or aucune puissance passive ne peut d'elle-même se réduire en acte. Je sais bien que la virtualité est une activité qui pousse le sujet vers sa perfection finale. xMais, puisque ce sujet est encore incomplet par rapport à sa fin, l'activité qu'il contient n'est pas la raison complète de cette même tin. Le bon sens le dit : le moins ne contient pas le plus, l'imparfait n'est pas raison suffisante du parfait; on peut tomber de soi-même, on ne s'élève pas sans secours étranger. Donc, pour trouver la raison totale de la perfection finale, il faut remonter plus haut que l'activité propre du sujet, il faut remonter jusqu'à sa cause.
Concluons : donc la perfection finale est produite dans la créature par F <( opération » du Créateur, et Tactivité in- Jerne qui la pousse vers cette perfection n'est que la vertu de (c coopérer» activement à Faction de la Cause Première.
Le mot « Parfait » ne nous Fapprend-il pas? Parfait, c'est-à-dire fait complètement. C'est la cause qui fait, c'est la cause qui parfait; car rien ne se fait soi-même, rien ne se parfait soi-même. Saint Bernard a dit : Bonus actus a Deo est, qui non tantiwi facit sed perficit (1). Par là, le saint Docteur j)rouve la nécessité de la gTàcc. Mais son argument s'étend à toute perfection même naturelle; car il s'appuie sur la métaphysique de la Cause Première. Et, avant lui, son maître saint Augustin avait dit : JUe fecit, hœc facta simt; atquc ut sint et hene se habeant, Ejus indigent a quo facta sunt (2).
C'est donc une vérité bien établie : Quelles que soient
(1) s. Bern., Lib. de Grnfia, caj). vi, n' 1S.
(2) S. August., De Civil. Dci, lil). X, cap. xv.
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la virtualité (ruu être, sa tendance et son appétence, pour qu'il obtienne sa perfection finale, il faut qu'il reçoive une influence supérieure, il faut que sa fin lui soit donnée par la cause qui la lui a assignée.
Saint Thomas distingue même trois degrés dans ce don par lequel la cause ramène à soi son effet :
Omnc movens trahit quodammodo ad se patiens vel a se repellit. Trahendo quidem ad se, tria facit in ipso. Nam primo quidem dat ei inclinationem vel aptitudinem ut in ipsum tendal; sicut cum corpus levé, quod est sursum, dat levitatem corpori générale per quam habel inclinationem vel aptitudinem ad hoc quod sit sursum : secundo, si corpus generatum sit extra locum propriuui, dat ei moveri ad locum : tertio, dat ei quiescere in loco, cum pervenerit; quia ex eadem causa aliquid quiescit in loco, per quam movebatur ad locum (1).
7. — La perfection finale dépend essentiellement de l'activité qui y tend.
La cause qui fait est la cause qui parfait ; la perfection finale d'un sujet est un don de sa cause. Mais prenons garde de nous méprendre sur le sens de ces propositions. Prenons garde de considérer la perfection finale comme une réalité extrinsèque surajoutée au sujet qui l'obtient. Prenons garde de nous figurer l'opération de la cause comme l'action d'un modeleur qui ajoute de l'argile pour parfaire sa statue. Je l'ai déjà fait remarquer : toute perfection qui provient uniquement de !a cause efficiente est une perfection formelle, puisque le terme de la causalité efficiente est une forme introduite dans la matière.
Quant à la perfection finale, elle est le terme d'une virtualité, c'est-à-dire d'uue activité immanente capable de pousser le sujet jusqu'à sa fin.
Ces vérités sont affirmées dans le texte déjà cité :
Duplex est rei perfectio, prima et secunda. Prima quidem
(1; S. Thomas, IMF, q. 23. art. 4.