CHAPITRE IV. DE LA PERFECTION. 't
Dans le sanctuaire divin de la Causalité Pure, je vois d'abord que la cause finale règne jusque dans Tordre idéal. Tout y est ordonné vers la fin, chaque être est essentiellement conformé pour tendre à sa fm par son opération propre, suivant ladage : Res unaquaique dicitur esse propter siiani operationem. Tout est bon et, par conséquent, la Cause voit tout avec complaisance, se complaisant dans la perfection finale des choses plus encore que dans leur perfection formelle, puisque celle-ci est ordonnée pour celle-là, et que cette subordination provient de la complaisance même de la Cause.
Mais cette complaisance n'est ni une appétence, ni un désir, et c'est ici qu'apparaît l'indépendance de l'intention. L'intention de la Cause Première n'a ni motif ni désir, car rien ne meut la première des causes. Elle, peut se porter librement sur toute nature réalisable, telle qu'elle est réalisable, et sans altérer les contingences attachées à cette nature. C'est pourquoi son premier décret a pour terme la perfection formelle ; en d'autres mots, elle décide l'existence d'une nature « capable » d'atteindre sa perfection finale.
Par cette première action, l'œuvre est « poussée » vers sa perfection formelle; elle y est « poussée » comme une puissance purement passive, incapable de coopérer activement à son })roprc devenir.
Mais une fois réalisée, cette perfection formelle contient une activité essentiellement dirigée vers sa perfection finale. Il y a dans cette nature actuellement existante, une virtualité active, une tendance réelle, qui se manifeste par les attractions aveugles dans les minéraux, par les appétits instinctifs dans les animaux, par les désirs dans les natures raisonnables; et cette appétence du bonheur n'est autre chose qu'une participation de la complaisance avec laquelle la Cause regarde la perfection finale de son effet.
Cependant cette virtualité active ne se suffit pas ;\ ellemême. Il faut encore que la Cause poursuive son action;
444 LIVRK VII. CORRKLATIOX DKS CAUSALITÉS.
il faut quoJle pousse de nouveau cette nature vers la fin désirée; et, dans ce second mouvement, la Cause élève son œuvre à la dignité de coopératrice. Il la fait participante de son action et lui donne de concourir à se faire elle-même . Et ce concours de la cause seconde reste toujours subordonné à l'action toujours libre de la Cause Première, et chaque nouvelle étape, chaque nouveau progrès vers le terme est un don de la Cause à son œuvre.
Lorsque je considère de quelle protection la nature entoure l'œuf de l'insecte, avec quelle prodigalité elle prépare à la larve son aliment, comme elle la déguise ou la cache à ses ennemis, j'admire une Providence qui se complaît à pousser chaque chose vers son terme et sa perfection. 31ais quand je vois combien d'œufs se flétrissent sans éclore, combien de larves périssent de mille manières, je reconnais que cette Providence reste toujours libre dans ses bienfaits, que ses dons ne l'obligent à rien, et qu'elle ne se doit à elle-même que d'exécuter ses propres desseins.
Desseins, tous de bonté, à quelque terme qu'ils s'arrêtent ! Car, si pour chaque être la consommation du ])onheur est dans la possession de sa perfection finale, il y a cependant déjà bonheur dans le mouvement vers cette fin, puisque le mouvement est comme une première participation du terme. Les tressaillements du nid, à l'approche de la becquée, ne manifestent-ils pas que la joie existe déjà dans une vie qui s'efforce de s'épanouir?
Et lorsque sous l'action de la Cause Première cette vie s'est développée, lorsque toute puissance a été réduite en acte, tout appétit satisfait, toute tendance amenée à son terme, alors c'est la fm de tout devenir, c'est la consommation de tout mouvement, c'est l'existence dans toute sa plénitude. Alors, c'est la perfection finale conquise et possédée ; c'est la perfection complète dans toute sa jouissance, car c'est la perfection dernière coïncidant avec toute la complaisance de la Cause. Uniimqiwdque dicitur perfectum,