CHAPITRE II. CAUSES ACCIDENTELLES
« Ce qui de soi est cause est déterminé. Ce qui est cause par accident est indéterminé; car dans un même sujet on peut rencontrer un nombre indéfini de qualités accidentelles à la causalité (1). »
Un architecte peut être blanc, noir, musicien, médecin, et cette énumération de cjualités dans le même homme est indéfinie. Un même effet peut donc avoir une multitude indéfinie de causes accidentelles.
De même un architecte qui a bâti une maison est la cause d'une maison de discordes ou de jeux, de tristesse ou de joie, de noce ou de deuil, suivant la variété indéfinie de circonstances c|ui peuvent se succéder relativement à la maison.
Enfin dans les cas de hasard, l'indétermination est pour ainsi dire la loi même.
« Il n'y a, dit Aristote, aucune cause déterminée de l'accident, mais il est dû au hasard, et le hasard est indéterminé. Il est accidentel à quelqu'un de parvenir à Égine, s'il n'est pas parti pour y aller, mais il peut y être conduit, soit par une tempête qui l'a jeté hors de sa route, soit par des brigands ([ui l'ont fait captif. L'accident a eu lieu, le fait existe ; mais il n'a pas en soi sa raison d'être; il l'a dans un autre. Car c'est la tempête qui, le portant là oîi il ne se dirigeait pas, l'a jeté à Égine (2). »
De cette indétermination commune à toutes les causes accidentelles, nous pouv(»ns conclure à leur inanité. Toute véritable cause est un être en acte, par conséquent un être complètement déterminé. Un effet déterminé ne peut parvenir effectivement que d'une cause déterminée, suivant l'adage : Ni/iil fit in aclu, nisi a causa in actu.
Kemarqnez-le avec soin : cet adage ne signifie pas simplement qu'un effet ne peut devenir existant que par fin
(1) T6 (lèv ou/ xa6' aÛTO aïiiov wpi'aïvov, tô 8à xarà oujACEoriXÔ; àôpi- (JTOV âTtîipa yàp âv Tûi vi: oyp.êaîr,. (Arislole, l'Iiys., liv. Il, ch. V.)
(2) Fc'yove piv or, xotl étti tô (Tuu.6eêYixo;, à),),' oCiy f, aùtô, à)).' i STspov. (Aristote, Métopliys., liv. Y. ch. x\\.)
456 LIVRK Vin. — CLASSIFICATION DES CAUSES.
fluence d'un être déjà existant. Pour que la cause existe en tant que cause, il faut qu'elle contienne déjà, actuellement et réellement, toute la raison de Teffet. Une cause où tout serait indéterminé, existât-elle par impossible, ne pourrait avoir par elle-même aucune influence déterminée.
Il faut donc appliquer aux causes accidentelles ce qu'Aristote enseigne au sujet des accidents proprement dits, c'est-à-dire de ceux que Ion nomme : Accidentia per accidens.
« Il n'y a pas à en faire la théorie; car on ne s'en occupe ni dans les sciences de spéculation, ni dans les sciences pratiques, ... comme si l'accident n'était que de nom 11). «
Cependant létude précédente n'a pas été sans fruit, car elle nous a appris à nous défier d'apparences qui voilent bien des sophismes. Pour une autre raison, il sera utile de nous arrêter encore à la cause accidentelle qu'on nomme le hasard, cette étude conduisant à d'intéressants aperçus.
ARTICLE II