Des diverses sortes de causes accidentelles
En résumant la doctrine d'Aristote, on peut distinguer trois sortes de causes accidentelles, l'accident pouvant se rencontrer soit dans la cause, soit dans l'effet, soit dans l'opération même.
En premier lieu, on dit qu'une cause est accidentelle, lorsqu'elle doit son titre uniquement à c[uelque juxtaposition accidentelle dans le sujet actif. — Ainsi « un médecin bâtit une maison ; mais ce n'est pas en tant que médecin ; c'est en tant ([u'architccte (1) ». — Ainsi « d'une maison la cause essentielle est l'architecte, et la cause accidentelle est le joueur de flûte (2) ».
Qu'un architecte construise une maison, on peut dire qu'un homme, qu'un être vivant a bâti ; si cet architecte est blanc, boiteux, médecin, musicien, on peut dire que la maison a pour auteur un blanc, un boiteux, nn musicien, un méde-
(1) Arislole, Pfiys.. liv. I, cli. vm.
(2) 1(1., Ibid., liv. II, ch. v.
454 IJVRK Mil. — CLASSIFICATION DKS CAISKS.
ciii, puisque l'architecte est tout cela. Mais c'est par son art architectonique qu'il a été véritablement constructeur, et ses autres qualités sont sans influence sur l'édifice. Une telle cause accidentelle n'est donc « cause que de nom » ; car il n'y a aucune relation directe entre elle et l'effet produit.
En second lieu, une cause est accidentelle lorsqu'on peut la dire cause, en vertu de quelque juxtaposition accidentelle dans le sujet passif. — Ainsi « celui qui bâtit une maison n'est pas la cause de tout ce qui arrive accidentellement à cette maison, oQy. c;j;j.5aiv£i (1) ».
Qu'elle plaise à l'un, qu'elle déplaise à l'autre, qu'elle nuise à la santé d'un troisième, l'art de bâtir n'est cause de rien de tout cela. Tout au plus peut-on dire que l'architecte est la cause accidentelle du plaisir ou du déplaisir qu'on éprouve dans cette maison. Voici donc encore une classe de causes, qui véritablement ne sont « causes que de nom ».
En troisième lieu, il peut y avoir une rencontre accidentelle dans l'opération même de la cause.
« Si quelqu'un, dii Aristole, creusant une fosse pour planter un arbre, y découvre un trésor, il est accidentel de trouver un trésor lorsqu'on creuse une fosse. Car l'un ne suit pas nécessairement de l'autre, et il n'arrive pas souvent à qui plante, de découvrir un trésor (2). »
Cette troisième classe comprend les cas que l'on est dans l'usage d'attribuer au hasard.