‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 414 sur 581 · Opinion des anciens philosophes sur le hasard · texte numérisé non relu

Opinion des anciens philosophes sur le hasard

Aristote constate diverses opinions an sujet du hasard (1).

Quelques-uns soutenaient que tout dans le monde est l'effet du hasard et le groupement fortuit d'atomes aveugles. Le liasard n'était donc, pour eux, qu'un mot signifiant la négation de toute cause ordonnatrice. Aristote repousse cette opinion comme absurde et ridicule. Car ces matérialistes, qui admettent un hasard assez puissant et assez sage pour produire l'univers entier, ont bien soin de ne pas lui confier leurs petits intérêts personnels.

D'autres philosophes voyaient dans la fortune une certaine divinité cachée, dispersant par caprice sur les hommes le bonheur ou le malheur. Aristote montre que la fortune n'est qu'une espèce de hasard et qu'il n'y a pas à en faire un être à part (2). Il remarque, à la vérité, que, dans le langage ordinaire, on attribue spécialement à la fortune ce qui advient accidentellement à la suite d'opérations humaines délibérées, et qu'on rejette sur le hasard ce qui advient accidentellement à la suite des autres opérations aveugles ou instinctives. Mais il n'attache à cette distinction vulgaire aucune importance théorique ; car il dit : « Tout ce qui vient de la fortune vient du hasard; mais tout ce qui vient du hasard ne vient pas de la fortune. »

Une troisième opinion plus sérieuse et plus digne affirmait, au contraire, que rien ne provient du hasard, et que tout fait a une cause déterminée. Un homme, disaient les soutenants de cette opinion, vient sur la place publi- ([uc pour acheter quelque chose; il y rencontre un ami

(1) Aristote, Mcl.ap/ujs.. liv. ll,cli. iv. (2)I(J., t6<rf.,cli. VI. "

V58 LIVIli: Mil. — CLASSIFICATION DES CAUSES.

qu'il n'y venait pas chercher; voilà, sembic-t-il, un effet du hasard. Mais non ; car cette rencontre a une cause bien déterminée, à savoir la volonté de venir faire un achat.

En outre, ils arguaient du silence gardé par les plus anciens philosophes au sujet du hasard. Ce silence des premiers âges est, en elfet, digne de remarque. Plus la civilisation païenne s'est raflinée, plus elle a élevé d'idoles à la Fortune; plus un siècle a été matérialiste, plus il a professé le culte impudent du hasard.

Quant à Aristote, il soutient que certains faits, rares il est vrai, doivent être attribués au hasard, et nous allons étudier sa doctrine à cet égard.

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