‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 43 sur 581 · Cette première solution est incomplète · texte numérisé non relu

Cette première solution est incomplète

La théorie précédente fait tout à la fois honneur à l'esprit d'observation et à la sagacité du Stagirite : à son es-

(I) s. Thoin., II. l'oslcrior. analijtlc, locl. 20.

prit d'observation, car il y a là une fine analyse de psychologie expérimentale; à sa sagacité, car le problème est difficile. Il s'agit, en effet, de passer de l'individu « senti » à l'universel « pensé », Or, si l'individu est « un », si l'universel est « un », les caractères d'unité sont opposés dans tous les deux. L'individu est « un » par sa complète réalité, et cette unité le sépare de la multitude : unum est ens indivisiini a se et divisian ah aliis. L'universel est « un » par sa possibilité d'être réalisé dans tous les individus d'une même classe, et cette unité se répand sur la multitude. Universum est unum versum in omnia (1), dit Albert le Grand, exprimant dans un jeu des mots une pensée profonde. Partir de 1' « un » individuel pour parvenir à r <( un » universel, tel est pourtant le problème.

Pour le résoudre, Aristote passe par la multitude que regardent ces deux unités en des sens opposés.

Pour passer de « l'un » individuel à la multitude, il suffit de supposer plusieurs sensations successives. Mais le retour de la multitude à « l'un » universel est plus laborieux. La mémoire, maintenant en présence plusieurs souvenirs, fournit une première unité de juxtaposition. Si dans ces souvenirs multiples quelque chose est semblable, la juxtaposition devient une répétition qui possède déjà plus d'unité. Alors, la faculté raisonnable s'attachant exclusivement à considérer cet élément commun, le caractère de multitude s'oblitère, la multiplicité se fond dans l'unité et il reste finalement cet « un qui est le même dans tous ».

Encore une fois, cette explication est ingénieuse, et l'on aurait tort de lui reprocher d'être un peu vague, puisque les opérations psychologiques sont nécessairement enveloppées de mystères. Mais son grand défaut est d'être incomplète; car elle soulève, sans la résoudre, une question de métaphysique qui exige une réponse.

(1) Alb. Mag., Métaphys., lib. V, tract. VI, cap. iv.

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