‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 433 sur 581 · Influence de la cause principale · texte numérisé non relu

Influence de la cause principale

La connaissance que nous avons de la place occupée par la cause instrumentale, nous fournit une seconde conclusion non moins importante que la première, à savoir, que « l'influence qu'exerce sur l'instrument la cause principale est l'influence d'une cause efficiente », c'est-à-dire, est dans l'ordre effectif. Voilà pourquoi saint Thomas répète si souvent que l'instrument est < mù » — movens motum, car l'influence formelle d'une cause efficiente est une motion.

Mais cette motion est d'une nature spéciale dont le concept exact importe beaucoup au métaphysicien et surtout au théologien; aussi je ne crains pas de revenir plusieurs fois sur ce sujet.

Sans doute, il arrive souvent ({ue l'agent principal imprime à son instrument un mouvement réel, comme le charpentier manie sa hache pour construire un coffre. Mais, nous l'avons souvent répété, lorsque l'inslrument est mis réellement en mouvement, c'est que son activité a besoin d'être complétée. Ce cas, à la vérité, se rencontre fréquemment, cependant il n'est qu'un cas particulier. On peut concevoir un instrument qui, par soi-même, soit sufhsamment actif, pour qu'il puisse agir sans avoir d'abord à su-

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bir aucune nouvelle modification interne. C'est donc dans ce cas, le plus simple au point de vue métaphysique, qu'il faut étudier l'essence de la motion requise pour toute opération instrumentale.

Or, je dis que « cette motion présente ce caractère que, tout en étant dans l'ordre cfTcctif, elle joue le rôle d'une intention ».

En effet, une intention est toujours recjuise pour la détermination dune action quelconque, suivant l'adage : Fi7iis movet causam efjicientem. Nous avons longuement démontré cette importante proposition, et nous avons expliqué avec soin comment cette motion métaphorique n'altère en rien l'état interne de la cause efficiente. Ces principes sont vrais de toute cause efficiente, mais ils s'appliquent différemment à la cause principale et à la cause instrumentale.

Si l'agent principal est doué d'intelligence et de volonté (et nous le supposons tel dans toute cette discussion), c'est lui-même qui formule son intention et qui, par suite, détermine soi-même sa propre action; et c'est dans ce sens qu'il faut entendre les expressions « se déterminer, — se mouvoir » 1). Quant à la cause instrumentale, il en est d'elle comme de toute cause ; elle n'agit point, quelle ({ue soit son activité interne, tant que le terme de cette activité n'est pas déterminé. Or elle ne peut se donner à elle-même ce terme, puisqu'il procède d'une intention, et que l'instrument, en tant qu'instrument, ne formule pas l'intention mais l'exécute. Il faut donc que ce ternie lui soit fourni, et par qui, sinon par l'agent principal à qui il appartient de formuler l'intention? Concluons déjà que, pour que l'instrument exécute son opération instrumentale, il faut que l'agent principal lui communique, sinon son intention que l'instrument est incapable de recevoir,

(1) Qiiee habent notiliain Unis dicuntur seipsa niovere, quia in eis est principlum non solum ut aganl sed etiam ut agant propter (iiiem. (S. Thomas, Y IP, q. 6, art. 1.)

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