CHAPITRE III. — CAUSES INSTRUMENTALES. MO
du moins le terme de cette intention : et, puisque cette communication joue le rôle d'une intention, il faut qu'elle ait lieu sans altérer l'état interne de la cause instrumentale.
Ainsi la cause principale doit déterminer l'action de l'instrument par une influence effective, sans cependant pénétrer ni altérer son énergie; elle doit diriger efficacement vers un but déterminé une activité aveugle, sans cependant la pousser ni la violenter.
Et comment résoudre un tel problème? Le moyen est simple. Il faut et il suffit que l'agent principal réalise par lui-même les conditions nécessaires et suffisantes pour que l'instrument agisse conformément à une intention. Réaliser une condition est une opération effective. La condition, d'ailleurs, n'influe pas sur l'effet, conditio non infini t in effectwn;k\A\x^ forte raison, n'influe-t-elle pas sur la cause. Le problème est donc résolu en satisfaisant à ses deux données qui semblaient s'exclure mutuellement.
Or ces conditions peuvent se résumer dans la mise en présence immédiate de l'agent et du patient, ou, pour employer l'expression de saint Thomas, dans \ application de l'instrument au sujet déterminé sur lequel il doit agir.
La cause principale détermine donc l'action de l'instrument par l'application de son activité à un sujet déterminé, sans qu'il soit essentiel ci cette application de modifier l'activité elle-même ; et c'est ainsi qu'il faut entendre cette expression : Causa principalis niovet causani instrumentalejn.
Ainsi, par exemple, le vent, incapable par lui-même dr conduire un navire au travers des récifs, devient un instrument docile, lorsque le navigateur lui oppose ses voiles. — Ainsi, encore, il suffit que le photographe enlève l'écran (le son appareil, pour que la lumière agisse par sa propre vertu sur la [)laqiic impressionnable.
3. — Que faut-il entendre par ■ la vertu de la cause principale ■ ?
La doctrine précédente est assez importante, pour que nous l'exposions de nouveau sous une autre forme.
On trouve souvent chez les scolastiques certains adages tels que ceux-ci : « L'instrument opère par la vertu de la cause principale. — La vertu de l'agent principal passe à travers l'instrument. — La vertu de l'agent principal est permanente; celle de l'instrument est transitoire. »
Il semble, au premier abord, que le sens exact de ces formules soit facile à saisir, surtout s'il est question d'un ouvrier qui manie la hache ou la .scie. L'instrument n'agit (\yxen vertu du mouvement local qui lui est imprimé; le mouvement part de l'ouvrier, et il est transmis par l'instrument jusqu'au bois qu'il faut façonner; l'activité G^i permanente dans l'ouvrier, et l'activité communiquée à l'instrument n'est que passagère.
Mais cette interprétation, qui semble si simple, n'atteint pas le sens vrai des adages. C'est que, si la hache est un outil très simple au point de vue de l'usage pratique, elle est un instrument dont l'analyse métaphysique est plus complexe qu'on ne le pense peut-être ; car c'est un sujet n'ayant pas en lui-même une activité complète, et qui n'est vraiment actif, qu'après avoir subi une action qui le met en mouvement.
Il est donc facile de confondre, dans ces exemples, l'action qui complète l'acLivité de l'outil avec l'influence qui en fait formellement un instrument. Et voyez : si l'ouvriei', dans un instant d'ivresse ou de folie, lance sa hache au hasard, elle coupera, sans doute, en vertu du mouvement communiqué; et cependant, pourra-t-on dire alors qu'elle aura agi instrumentaleraent? — Mais voici un cas tout contraire : J'aperçois ma hache qui glisse d'elle-même d'un lieu élevé, et je m'abstiens volontairement de la retenir, parce que je prévois qu'elle va tomber sur mon ennemi qui passe au-dessous; par là même et à l'instant même, ne devient-