CHAPITRE 111. CAUSES INSTRUMENTALES
nous est libre de faire ou de ne faire pas (1). Nous devons conclure de là que la volonté humaine n'est cause principalement principale que lorsqu'elle agit librement, lorsqu'elle se détermine elle-même, movet seipsam, lorsqu'elle formule et pose elle-même son intention. En un mot, « une cause principalement principale est une volonté libre ».
Toutes les autres causes au-dessous sont appliquées à leur travail comme des esclaves par la puissance qui commande et qui peut se faire obéir, suivant la parole de saint Thomas :
Applicare aliquid ad alterum non est nisi ejus quod habet super illud arbitrium, quod non est nisi ejus qui scit referre aliquid ad alterum (2).
La cause principalement principale, c'est-à-dire la cause principale dans le sens strict du mot, est donc libre; et la cause instrumentale est dans le servage.
Que si vous voulez parvenir par une autre voie à la même conclusion , rappelez- vous que , d'après Aristote , l'instrument Qsi pour quelque chose, âvs/.a tsu, et ce (( quelque chose » n'est pas l'instrument lui-même. Or le même Aristote, pour distinguer la liberté de l'esclavage, définit l'homme libre : celui qui est pour lui-même et non pour un autre, b aÙTsu svsy.a, -/.xl '):(] à'XXou (3).
L'instrument est donc « par » la cause principale et « pour » la cause principale. Il n'est qu'un esclave qui appartient à son maître, qui travaille pour son maître, et dont l'œuvre revient tout entière à son maître.
(1) 'Eç' T|(AÎv [iàv oijv eifTiv (ov t;ix£î; in\>.vi aOTeÇoûdioi TtotEÎv xe y.ai (iri Troieïv, (Damasc, De la foiorili., liv. II, cha|). xxvi.)
(2) S. Thomas, 1' IF, q. 10, ar(. 2.
(3) ^rislote a faillie la philosophie le plus sublime des éloges, en montrant ((ue c'est la seule science libre. ;( Il est donc évident que nous ne la recherchons pas pour la faire servir à autre chose. Mais de môme que nous appelons libre l'homme qui est pour lui-môinc et n'est pas pour autrui, de môme la piiilosophie est seule libre entre les sciences. Car seule, elle est elle-même pour elle-même. » (Aristote, Métaplnjs., liv. I, ch. ir.) — Mais depuis qu'une science plus divine est descendue d'en haut, la philosophie s'est faite la servante de la théologie.
500 LIVRK Mil. CLASSIFICATION DES CAUSES.
Ille homo proprie dicilur liber, qui non est alterius causa, sed causa sui ipsius. Servi enim dominorum sunt, et propter dominos operantur, et eis acquirunt quidquid acquirunt (1).
Et ne remarquez-vous pas que le langage vulgaire exprime ce servage? Agir comme instrument, c'est servir à quelque chose; user d'un instrument, c'est s'en sei-vir.
Si donc on vous demande pourquoi la statue n'appartient pas au ciseau mais au sculpteur, et pourquoi l'opération est attribuée, non à l'instrument, mais à la cause principale, vous n'avez à répondre que ces deux mots : Claque sumn. Car l'ordre exige que chaque chose revienne là où elle a son principe et sa fin.
Unicuique debetur quod suum est. Dicitur autem esse suurti olicujus, quod ad ipsum ordinatur; sicut servus est domini, et non e converso; nam liberum est quod sui causa est (2j.