‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 452 sur 581 · CHAPITRE III. CAUSES INSTRUMENTALES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. CAUSES INSTRUMENTALES

propre orgueil; mais, en cela même, il devenait la cause instrumentale de la justice divine appliquant cet orgueil contre les murs de Jérusalem coupable. Certes, Pharaon était la cause de sa propre opiniâtreté ; mais cette opiniâtreté était entre les mains de Dieu un moyen utile servant à la délivrance d'Israël.

Demandez-vous ce que deviennent la liberté et la responsabilité des méchants, si dans leurs crimes ils ne sont que les instruments aveugles des volontés divines? La réponse à cette question est facile. Dieu dirige les voies des impies en permettant ou ne permettant pas leurs mauvais desseins.

N'avez-vous jamais remarqué comment le jardinier dirige le cours d'un ruisseau? l'eau, qui jaillit du coteau, tend en vertu de son propre poids à descendre, à se répandre par toutes les pentes pour inonder toute la colline. Mais le jardinier l'endigue, c'est-à-dire, oppose des obstacles à ses débordements, et ne lui laisse qu'un étroit passage par où il lui permet de s'écouler. Ce n'est pas le jardinier qui pousse l'eau à descendre, mais c'est lui qui dirige les ondes suivant toutes les sinuosités qu'il lui plaît.

Il en est de même de la Providence par rapport au.^ passions mauvaises. La passion sort bouillonnante du cœur librement méchant; elle se déverse sur tout ce qui l'entoure, aspirant à tout corrompre. « Qu'aucun pré, dit-elle, ne soit où ne passe notre débauche ; que personne n'échappe à notre appétit ; partout laissons les traces de notre ivresse (1). » Mais la Providence endigue cette passion et ne lui permet d'exercer ses ravages que comme il lui semble et là où il lui plaît ; et c'est ainsi que le méchant concourt malgré lui aux desseins divins, serviteur rebelle, instrument docile!

Voulez-vous un autre exemple? Lorsque l'air s'engouffre dans un orgue, il tendrait à sortir à la fois par tous les ori-

(I) Sagesse, ii, v. 3.

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iices en produisant mille sons discordants. Mais le musicien, fermant et ouvrant les passages, se sert de cette impétuosité pour exprimer une mélodie. C'est ainsi que la Providence fait servir la méchanceté au cantique de sa gloire (1).

Saint Augustin nous introduit encore plus loin dans cette question mystérieuse du péché. « Si vous avez péché, dit-il, ne vous imaginez pas (|ue riiomme ait ol)tenu ce qu'il voulait, et que Dieu ait subi ce qu'il ne voulait pas. » Sipeccaveris, ne pûtes hominem fecisse quodvoluit etDeo accidisse quod noluit (2). Pensée profonde ! Il est impossible qu'il y ait accord là où Dieu n'en veut pas, car l'accord est un bien. Donc il est impossible qu'un acte soit d'accord avec l'intention qui l'inspire, si Dieu ne veut pas cet acte. En d'autre termes, il est impossible que l'homme obtienne ce qu'il veut, si Dieu ne le veut pas.

En voulant le péché, l'homme cherche le bonheur et ne parvient qu'au malheur; en permettant le péché, Dieu le réduit à concourir à quelque dessein de bonté. La vraie formule du péché est donc la suivante : si vous péchez, sachez que Dieu a obtenu ce qu'il a voulu, et ({ue l'homme a subi ce qu'il ne voulait pas. Si peccaveris, scito Deum attigisse quod voluit, et homini accidisse quod noluit (3).

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