Objection contre cette distinction
Cette distinction, que le saint Docteur nous a rendue si claire, soulève cependant une difficulté métaphysique.
Le deveni?' est un mouvement réel, lorsqu'il y a une succession de modifications qui tombe sous la mesure du temps, et il doit être encore comparé à un mouvement, lorsqu'il y a passage instantané de la non-existence à l'existence.
Or, nous le savons, le mouvement n'est pas en luimême une catégorie particulière de l'être ; mais il est un acte imparfait appartenant à la même catégorie que son terme qui est Vacte 'parfait.
Il résulte de là qu'on ne peut pas séparer le devenir de son terme. L'elïet, tant qu'il devient, n'existe pas encore; lorsqu'il est fait, il est, et son existence n'est que le terme de son devenir (2). Il semble donc que l'on doive conclure : la cause qui le fait est cause qu'il soit ; la cause de son devenir est cause de son existence ; toute cause in fieri est cause in esse, suivant cette sentence de saint Thomas : « Ex eadem causa aliquid quiescit in loco, per quam movebatur adlocum(3). »
Telle est l'objection, et, comme toutes les difficultés, elle doit servir à nous mieux faire pénétrer dans la vérité. C'est ici le lieu de le répéter : en métaphysique, plus une chose est parfaite, plus elle est simple et par suite facile à connaître, sinon à comprendre; et toutes les difficultés proviennent du mélange complexe de la perfection et de l'imperfection. Je le reconnais donc : l'argumentation précédente démontre qu'une cause unique ne peut être com-
(1) s. Thomas, I, q. 104, art. 1.
(2) Factum non lit, sed est, quia, sicut dicit Arist. in Physic, factum est terminus fieri. (Alb. Magn., suiitm. t/ieoL, I part., q. 77, membr. 3, art. 4.)
(3) S. Thomas, I'^ IP', q. 23, art. 4.