‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 486 sur 581 · Hypothèse transformiste · texte numérisé non relu

Hypothèse transformiste

Mais voici que les dépouilles organisées dont sont remplies les couches géologiques invitent une nouvelle science à s'occuper de l'origine des êtres vivants. D'où proviennent tous ces fossiles? sont-il les restes de créations successives? ou bien la vie s'est-elle propagée à travers toutes ces formes diverses, comme elle se poursuit encore maintenant à travers tous les individus d'une même espèce? La dernière de ces hypothèses constitue la doctrine transformiste qu'il s'agit pour nous déjuger au point de vue de la métaphysique.

Disons d'abord que, si une liypothèse scientitique doit être d'accord avec les faits observés, il y a contre le transformisme un préjugé bien défavorable. Toutes les expériences prouvent i\\\ actuellement tout être vivant naît d'un être de même espèce, et (|ue dans une même espèce les variations sont du même ordre que les oscillations de la planète autour de son ellipse. S'il est un fait scientifique-

OÏO LIVRK Mil. CLASSIFICATION DES CAUSES.

ment démontré, c'est donc que jamais aucune génération spontanée ni aucune transformation d'espèces n'ont été observées.

Mais, d'un antre côté, il existe un fait scientifique d'une immense valeur, qui, à lui seul, peut contre-balancer bien des expériences négatives. C'est le fait des corrélations anatomiques et physiologiques entre les espèces différentes. L'unité de plan dans tous les animaux à vertèbres est un fait reconnu et admis de tous: et beaucoup de naturalistes cherchent actuellement les passages d'un embranchement à un autre.

Je sais que, parmi les aventuriers de la science, beaucoup sont poussés dans cette voie par une fureur athée et matérialiste. Mais pourquoi m'en inquiéter, puisque Dieu a livré le monde aux disputes des bons et des méchants? Je sais encore que, malgré leur ton dogmatique et leurs affirmations outrecuidantes, ces diseurs de nouveautés nont aucun droit à se poser en représentants de la science ; car ils en sont encore à se quereller, à s'injurier et à se démentir mutuellement. Mais, si la corrélation générale entre toutes les formes animales ou végétales reste encore à l'état de problème, on ne peut pas nier l'unité de plan dans l'embranchement des vertébrés. Or ce fait scientifique s'impose à la méditation du sage, et suffit pour que l'hypothèse du transformisme ait droit à un examen sérieux.

En effet, de cette similitude de structure on peut et l'on doit se demander quelle est la cause. Il est vrai, on peut répondre que, cette harmonie étant dans le plan divin, la main Créatrice a réalisé par elle-même ce plan clans ses moindres détails. Cette réponse est exacte, comme toute réponse qui remonte à la Cause Première. Mais pour qu'elle fût le dernier mot de la philosophie naturelle, il faudrait prouver que l'acte Créateur peut seul intervenir dans l'institution des espèces différentes. Et remarquez-le, cette démonstration relève de la métaphysique, et non de la science expérimentale. Car vous aurez beau montrer la fixité ac-

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