‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 488 sur 581 · En quel sens elle est absurde · texte numérisé non relu

En quel sens elle est absurde

Tous les transformistes ne sont pas des athées; mais tous les athées, tous les matérialistes, tous les positivistes actuels sont transformistes; de là le tapage bruyant et de mauvais aloi qui se fait autour de ces questions.

On déclare donc qu'à l'origine il s'est fait une coagulation spontanée de quelques éléments minéraux en une matière albumineuse vivante. Cette première vie était aussi confuse, aussi diffuse, aussi inorganique, aussi minérale qu'il vous plaira (1). Sous l'influence des seules forces physiques et chimiques, cette vie s'est développée par un perfectionnement aussi lent que vous voudrez, car le temps vient à bout de tout. Et c'est ainsi que, le hasard aidant, toutes les forces animales sont peu à peu sorties les unes des autres, le progrès s'accomplissant par une lutte continuelle pour l'existence et par le droit du plus fort.

Telle est cette doctrine, si l'on peut bien appeler doctrine une affirmation qui contient toutes les absurdités de l'athéisme. Je ne demande pas d'où provient cette matière minérale dont ils font tout sortir. Est-elle éternelle, et alors comment n'est-ellc pas organisée depuis l'éfcrnité ? est-elle sortie elle-même spontanénent du néant, (>t alors quel est le principe de cette spontanéité?

,1e passe par-dessus toutes ces questions; j'en viens du

(1) Tous ceux <iui s'occu|M'iit de science connaissent les bévues des nialérialistes au sujel de X'Euzoon et du lUiUnjbius. Voir les spirituels et savants articles de M. de Lapparenl dans la Itvvuv des questions scieuti/iques, t III VU.

542 LIVRK VIU. CLASSIFICATION DES CAUSKS.

premier coup à l'origine de la vie, et je constate que tout physiologiste sérieux reconnaît dans la vie quelque chose d'irréductible aux forces minérales.

Prétendre que la matière minérale est la cause principale de la vie, c'est soutenir que l'effet peut être plus grand que la cause et que le moins contient le plus ; et c'est là une absurdité. Prétendre que les formes animales rudimentaires peuvent par elles-mêmes, et uniquement par ellesmêmes, produire des organisations plus parfaites, c'est encore faire sortir le plus du moins; c'est encore l'absurdité.

Mais si l'on veut éviter les débats de la sophistique sur les différences de perfection absolue dans la série animale, et s'épargner l'ennui des chicanes contre la légitimité de nos classifications ascendantes, on peut trancher la question d'un seul coup, en invoquant le grand axiome qui domine toute la philosophie des causes : La cause est plus parfaite que l effet; donc un être ne peut être cause principale d'un effet univoque. La grenouille non seulement ne peut pas être cause du lion, mais elle ne peut pas être, par ellemême et elle seule, cause de la grenouille. Et pourquoi? Parce que la cause rigoureusement principale d'un eifet doit contenir la raison suffisante de tout ce qui existe dans cet effet; et par conséquent, la cause vraiment principale de l'individu doit contenir la raison suffisante de toutes les qualités génériques et spécifiques qui sont réunies dans cet individu. xMais comment celui qui est produit, et qui par conséquent n'est pas la raison suffisante de ses propres caractères spécifiques, pourrait-il contenir en soi la raison suffisante de son espèce?

Voilà le terrain vraiment solide sur lequel il faut placer la défense, ou plutôt, c'est ainsi qu'il faut prendre l'offensive : — Athées ! vous partez de ce fait qu'un animal engendre son semblable, et vous en concluez qu'il peut, par sa propre vertu, engendrer un être plus parfait que soi. La conséquence est peu logique; mais c'est à vos prémisses que je m'attaque. Ln animal produit son semblable,

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