‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 497 sur 581 · Définition de la cause seconde · texte numérisé non relu

Définition de la cause seconde

Une cause seconde est, dans le sens le plus général du mot, une cause qui relève d'une cause supérieure. A ce titre, toutes les causes instrumentales sont des causes secondes ; car elles subissent dans leur action l'influence de la cause qui les applique à l'œuvre.

Mais souvent cette dépendance n'est qu'accidentelle et transitoire. On jette une pierre dans le ruisseau pour pouvoir le traverser; on s'empare d'un rameau pour tuer le serpent qu'on rencontre.

D'ailleurs, même dans les instruments proprement dits, la nature et la vertu propre de l'outil sont fort souvent indépendantes de celui qui les met en œuvre; le bûcheron ne donne ni à l'acier sa dureté, ni à la hache son tranchant; il n'est donc pas de l'essence d'un instrument qu'il .subisse une influence intrinsèque à son activité; aussi le nom de cause instrumentale s'oppose-t-il à celui de cause principale, et non à celui de cause première.

Quant à la dénomination de « cause seconde », elle est réservée, dans le sens strict et formel, à la cause qui mérite, il est vrai, le nom de principale, mais qui tient d'une cause supérieure son activité elle-même. C'est à l'influence de sa cause première que la cause seconde doit, non pas simplement de produire telle et telle action, mais d'agir, mais d'être cause. F^t par là, on reconnaît qu'il n'y ;i que Dieu (|ui puisse être Cause Première dans toute la rigueur du mot. Car l'activité d'uu être tient au plus intime de son être, et le Créateur seul peut pousser son influence jusqu'à une telle profondeur.

554 LIVRK VIII. — CLASSlFir.A TION" DES CAUSES.

Saint Thomas nous explique comment cette dépendance propre à la cause seconde diffère de la dépendance instrumentale :

Considerandum est qiiod Deus. non solum movet res ad operandum, quasi applicando formas et virtutes rerum ad operationem, sicut etiam artifcx applicat securim ad scindendum, qui tamen interdum formam securi non tribuit ; sed etiam dat formas creaturis agentibus, et eas tenet in esse (1).

Ainsi le propre de la cause première est d'être cause in fieri et in esse de la cause seconde. Quant à celle-ci, qu'elle existe comme cause ou qu'elle agisse comme cause, elle le doit à l'influence permanente de la cause première, dont elle est et reste l'effet, soit dans son existence, soit dans sa causalité.

Expliquons avec soin cette dépendance.

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