‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 513 sur 581 · Influence immédiate de la Cause Première sur l'effet · texte numérisé non relu

Influence immédiate de la Cause Première sur l'effet

Suivant ce qui précède, la Cause Première agit immédiatement sur la cause seconde et dans la cause seconde, pour lui faire produire un effet quelconque. En outre, la Cause Première contribue immédiatement à la production de cet effet; et cette nouvelle proposition se démontre par la môme voie que la précédente.

(t) s. Thomas, 1' ll'^, q. !(, ail. ti. ;kI ;i

572 LIVRK Mil. — CLASSIFICATION DES CAUSES.

L'effet « est », vi il est « tel qu'il est ». Sans séparer ce qui est inséparable, on doit donc distinguer en lui Vesse et Vesse taie. Le premier caractère, Vesse^ lui, est commun à tous les êtres de la nature. C'est même le caractère le plus universel qui soit. Donc il ne peut procéder d'une cause particulière (1) ; il ne peut provenir que de la source même de l'être, c'est-à-dire de la cause la plus universelle, de la Cause Première. Cette grandeur de 1' « être », son universalité extensive et intensive, sont précisément les raisons fondamentales qu'invoquent les Maîtres pour démontrer que Dieu seul peut créer. La création, disent-ils, est une opération qui a pour terme formel l'esse lui-même. Donc il n'y a que celui qui est au-dessus de 1' « être » qui puisse créer.

Mais si la cause seconde est incapable de produire Vesse de son effet, elle est capable de produire Vesse taie, c'està-dire de déterminer l'effet à être « tel qu'il est ».

Donc, bien que l'effet soit un, bien que l'action dont il résulte soit une, cette action se rapporte à deux causes subordonnées, à la Cause Première qui fait qu'il soit, à la cause seconde qui fait qu'il soit tel.

On peut résumer cette doctrine dans un langage moins scolastique. Puisqu'il est de nécessité que la cause soit ontologiquement supérieure à son effet, pour produire une substance il faut une cause supra-substance, il faut Dieu lui-même. Les substances créées ne peuvent proprement produire que des réalités inférieures à la substance, c'està-dire des modes de la substance. Dieu crée les substances, les causes secondes ne peuvent qu'opérer des modifications dans les substances créées; et c'est ainsi que l'on doit comprendre cet adage de la chimie moderne : « Rien ne se crée, rien ne se perd (2). »

(1) Parlicularis causa non dat inclinalionem iiniversalem. (S. Thomas, I, l'IP, q. 9, arl.6).

(2) Il y aurait lieu à un beau rapprochement, qui montrerait que la Scolastique est arrivée par la métaphysique à des conclusions que la physique moderne vient à peine d'atteindre par la méliiode e\périmentale.

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