‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 515 sur 581 · Enseignement d'un ancien maître · texte numérisé non relu

Enseignement d'un ancien maître

Cette explication, sous sa forme précédente, n'est pas une nouveauté ; elle remonte à l'époque même où la Scolastique brillait encore de tout l'éclat jeté par saint Thomas et saint Bonaventure. Un grand témoin de l'enseignement primitif est le célèbre ^Egidius Romanus, Docto?' fundatissimus, assez puissant génie pour recevoir l'héritage immédiat laissé par ces deux grands Docteurs (3). On comprend combien est intéressante la doctrine de ce maître au point de vue de la grande tradition scolastique, et combien .-Egidius l'emporte à cet égard sur Cajétan, né en 1469, après des querelles intestines qui ont pu troubler dans l'ordre de saint Thomas la limpidité de la tradition doctrinale.

Or ^-Egidius a soigneusement étudié dans ses divers ou-

(1) s. Tlionia.s, Contr. Gent., lib. III, cap. lxvi, 5\

(2) Id., De l'otentia, q. 1, art. 4, ad 3""'.

(3) /Egidius Homanus (Gilles Colonna), né en 1247, enlré chez les religieux Augustiniens, vint à Paris pour ses eUides théologiques en 1271, et put sacseoir sous la cliairo de saint Thomas, qui ne quitta cette ville qu'en 1272. Grand admirateur du Docteur Angélique, il le défendit contre quelques détracteurs franciscains avec une science qui prouve combien il était versé dans sa doclrine. Cependant ses (euvres dénotent qu'il s'était surtout formé à l'école de saint Bonaventure, bien qu'il ne l'eût pas connu personnellement.

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vrages la question de l'opération divine dans les créatures. Je ne résumerai que ce qu'il expose longuement à ce sujet dans son chef-d'œuvre, savoir, dans son livre De esse et essentia.

Après avoir montré qu'il faut admettre l'opération divine dans toutes les actions des créatures, après avoir expliqué que cette opération est immédiate, soit dans ce sens que Dieu est la cause principale vis-à-vis de laquelle les créatures sont comme des instruments dont l'action s'appuie sur l'action divine, soit surtout dans ce sens que l'opération divine atteint d'une certaine manière l'effet sans aucun intermédiaire, il se demande quelle est la part de Dieu et celle de la créature dans l'effet au(juel ces deux causes concourent :

Habito quod Deus operatur oiiinia immédiate, et ostenso quod non sunt substrahendte proprice operationes a secundis agentibus, et ostenso quot modis dicitur immediatum, restât ultimo declarare quomodo esse possit quod idem effectus sil immédiate a Deo et immédiate a natura, et quomodo aliter sit a Deo, aliter a natura (1).

Pour préparer la solution, .Egidius, empruntant à saint Denys une belle image, compare Dieu au Soleil dont la chaleur, toujours identique à elle-même, toujours uniforme dans son opération, ici fond la cire, là durcit l'argile, suivant les natures diverses sur lesquelles tombe son uniforme action.

His itaque prèelibatis, facile est videre quomodo operatur Deus et quomodo natura. Nam idem effectus est a Deo et a natura, et totus a Deo et totus a natura, aliter tamen a Deo et aliter a natura. Imaginabimur quidem quod omnes effectus naturales conveniunt et dilïerunt. Conveniunt in eo quod sunt ens et in eo quod habent esse, et differunt in eo quod sunt laie ens, utputa ignis vel aqua, et in eo quod babent laie esse, utputa esse calidum vel esse frigidum. Quia ergo causw universales et particulares sunt multa> et diversa% Deus autem est

(1)/Egidius Romanus, De esse cl essenlia, q. 4\

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