De l'ordre considéré comme une succession
Il est naturel de concevoir l'ordre comme une relation analogue à la relation de succession (3). Mais il y a lieu de distinguer entre la succession réelle et la succession virtuelle ou logique.
Partout où existent mouvement et changement, il y a succession réelle dans le temps, et par conséquent il y a
(1) s. Thomas, 11" ^^ q. 2(1, ait. 1.
(2) s. Augustin., De civitutr Dei, lib. XIX, cap. xiii.
(3) Dicendum... veram esse illain proposilioneni : ubicuiiKjuc dalur ordo, dari iniorilatoin aliquain unius rospectii altcrius; iino vero si proprie loquaniur, iiihil esse aliiid duo ([Uiclibet esse ordinata iuler sese, (juod unum esse piius altero. sive loco, sive leinpore. sive natura, etc. Hoc eniin et couiinunisloquendi inodus approbat et ratio osteiidit. (Foiiseca. Mclopliys., \\h.\. cap. 1, q. 3, sect. 3.)
580 LlVRi: 1\. COORDINATION DES CAUSES.
commencement, origine, principe, suivant la première signification de ce mot.
« On appelle principe, ap/.vi, dit Aristote, le point de départ du mouvement, par exemple, de la longueur ou du chemin... ou encore, ce qui existe d'abord dans la production d'une chose, par exemple, la quille d'un navire et les fondements d'une maison... ou encore, ce qui est à la fois origine et cause ; ainsi l'enfant vient du père et de la mère; ainsi des injures on passe aux coups (1). »
Mais à côté des choses qui se suivent réellement dans le temps, il en est d'autres entre lesquelles il n'y a pas de véritable succession; ainsi les facultés de l'âme existent simultanément. Bien plus, il est des choses qui sont en dehors du temps, par exemple, les nombres, les vérités. Et cependant, entre ces choses, il y a des relations, et par conséquent, il y a lieu à la considération de l'ordre.
Or, bien que ces choses ne se succèdent pas dans le temps, notre esprit entraîné par le temps ne peut les concevoir que successivement. Il s'efforce donc de ranger ses concepts suivant un ordre successif qui réponde aux relations perçues dans les objets ; puis, par une métaphore naturelle, il transporte dans les objets eux-mêmes cet ordre de priorité et de postériorité.
Par exemple, si l'on compare entre elles les opérations de l'âme, on reconnaît que l'intelligence s'exerce d'ordinaire sur les vérités contenues dans la mémoire, et que la volonté ne peut jamais tendre que vers un objet connu d'avance, suivant l'adage : Nil volitum, nisi prœcognitum. Par là on est conduit àadmettre, entre lesfacultésde l'âme, un ordre virtuel, qui part de la mémoire, passe par l'intelligence et se termine à la volonté.
De même encore, dans les sciences de déduction, il y a des vérités évidentes, et d'autres vérités qu'on peut tirer des premières par voie de conclusion. Entre ces deux sortes
(1) Aristote, Mélaphys., liv. V, cli. i.