‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 522 sur 581 · Du principe de l'ordre · texte numérisé non relu

Du principe de l'ordre

Puisque nous considérons l'ordre comme une sorte de succession, il est bien clair que partout où il y a ordre, il y a un principe, en temps que principe signifie commencement.

Mais saint Thomas procède par la voie contraire ; du principe, il conclut à l'ordre.

Dicendum quod, sicut Philosophus dicit in quinto Metaphy., prius et postcrius dicitur secundum relationom ad aliquodprincipium. Ordo aulem includit in se aliqueiii modum prioris et posterioris. Unde oportet quod ubicumque est aliquod principium, sitetiam aliquis ordo (3).

Voilà un de ces raisonnements comme on en trouve ua grand nombre dans saint Thomas, arguments qui étonnent et laissent en suspens, parce qu'on ne voit pas de primo abord le lien entre les prémisses et la conclusion. Une succession part d'un principe et l'ordre est une succession; la

(1) Av'islole, M étap/iys., 1. V, ch. i.

(2) riafftôv [làv ovv xo'.vbv tôùv àp-/â)v, tô TtpwTov etvai, 59e-/ r, îffTtv, ?] •^l'YVETai, ^ yiyyû)a-x.s.-ccLi. (Arislole, ihiil.)

(3) S. Thomas, II" ÏV, q. 26, ail. I.

582 UVRK IN. COORDINATION DKS CAUSKS.

conséquence naturelle est que tont ordre part d'un principe Mais pourquoi conclure que partout oîi il y a principe, il y a ordre? Nous allons le comprendre.

Par définition, un principe est \u\ premier, Trpwxov ; or le concept de premier ne se referme pas sur l'unité ; le « premier » est en relation formelle avec le deuxième, le troisième et toute la suite ; la priorité appelle la postériorité. En un mot, du premier part une suite, r.pbi-.z^i oOsv; et c'est ce qu'exprime plus explicitement cette autre définition d'Aristote : (( Le principe est une chose telle qu'elle-même n'est pas nécessairement après une autre, mais qu'une autre puisse s'ensuivre (1). »

Remarquez la doulîle signification des mêmes mots. « Premier, Qui précède, — le plus excellent. Primer, tenir la première place, — surpasser (2). » L'idée àepriynauté se rattache donc à l'idée de priorité; et la raison de cette relation doit être cherchée dans les profondeurs de la métaphysique, puisque ce double emploi des mêmes mots se retrouve chez tous les peuples et dans toutes les langues.

En elTet, ne reconnaissez-vous pas là, sous une autre forme, le double axiome qui domine et éclaire toute la saine philosophie : « L'existence précède le devenir; l'acte prime la puissance »? — L'existence précède le devenir; c'est-à-dire, avant qu'une chose devienne, il faut qu'une autre soit déjà, qui contienne le pouvoir de faire exister ce qui n'existe pas encore. — ^ L'acte prime la puissance; c'està-dire la réalité existante est la source et la raison de ce qui n'est encore que possible.

Et que signifient, en dernière analyse, ces propositions, sinon que toute réalité est un ])rincipe, ou dérive d'un principe. C'est, dans une autre formule, l'expression de la vérité première, du jnincipe premier de la métaphysique

(1) 'Ap)(/i o'èoTTW o aÙTÔ aèv [xï) ï\ àvàY-^'Oî [xet' «Xao ectti, (xet' èxeTvo ô' STepov TtÉiuxEv eîvott y; ytvscôat. PoéU([., ch. vu.) (2 Dictionnaire de l'Académie.

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