CHAPITRE 1. DK l'oRDRK
saint Thomas, est légitime. Car, lorsque nous pensons d'abord au Père, nous pensons àl'LW/e prise en elle-même; lorsque nous pensons ensuite au Fils, parfaite image du Père, nous pensons à V Egalité; lorsque enfin nous pensons au Saint-Esprit, nous pensons au Lien d'amour entre l'Unité et rÉgalité (l). Ainsi, dans nos méditations sur la très sainte Trinité, nous devons donc concevoir l'unité même de l'Être divin, comme un ordre virtuel et suréminent, suivant la belle sentence d'un docteur : « Dieu est un, audessus de l'un, au-dessus de l'unité (2). »
Mais cet ordre se reflète-t-il dans la création ? A la vérité, si nous considérons Dieu sous son titre de Cause Première, nous devons affirmer que la création ne contient rien qui nous permette de connaître ou même de soupçonner le Mystère de la Trinité. Car, dit saint Thomas, créer c'est donner l'être; et, puisque c'est par la similitude entre l'effet et la cause qu'on peut remonter de l'action au principe d'action, la création nous conduit jusqu'à l'existence infinie du Créateur et aux attributs de la nature divine, c'est-à-dire, à l'Unité parfaite sans distinction de Personnes (3).
Et cependant, continue le saint docteur, étant donnée la révélation, nous pouvons reconnaître dans les créatures quelque empreinte du Mystère ; car V appropriation des attributs aux personn<*s nous fait entrevoir comme une intlucncc distincte de chaque Personne dans la même et identique action créatrice (h).
L'unité substantielle est la cause d'où proviennent tous les êtres et toutes les unités, et chaque être est un, parce qu il est produit par l'Être qui est sa propre Unité.
(1) S.Thomas, I, q.8!), art. 8.
(2) "Ev ô 0£Ô;. xal èuexEiva toû ivôç, xal ûnèp a'jTr;v (j.ovtxôa. (Clément tl'Alexandiie, Pédayoy., livr. 1, chap. vik, vers la fin.)
(3) S. Thomas, 1, q. 45, art. 6.
(4) Pioccssiones Pcrsonarum siint rationcs produclionis crcalurarum, in quantum includunt essentialia aldibiita qu<T sunt scienlia cl volunlas. (S. Thomas, I, q. 45, art. 6.)
592 LIVRK IX. — COORDINATION DES CAUSKS.
L'ÉGALITÉ est la raison qui procède immédiatement de l'Unité; et cette raison, par sa parfaite égalité avec son principe, est la raison de toute égalité et de toute inégalité (1), de toute forme, de toute distinction, de toute parité, de toute disparité, de tout degré spécifique.
Enfin la connexion dans laquelle s'unissent l'Unité et l'Égalité est le Lien de toute connexion, de toute convenance, de toute disposition, de tout ordre.
Oh ! que l'ordre est une belle chose, vu dans ces lumières surnaturelles! Quelle grandeur! Quelle splendeur! Quelle harmonie !
L'ordre part de I'unité, Paler ex qiio;'û s'épanouit par l'ÉGALiTÉ, Filius per quem ; il se consomme dans la concorde, Spiritus inquo.
La PUISSANCE produit les êtres; la sagesse les distingue et leur assigne leur place ; la bonté les y dispose et les y maintient.
Et tout cet ordre créé, si beau qu'il soit, n'est que le vestige du pas divin. Qu'est-ce donc que l'ordre de la Vie Divine? 0 mon Dieu! Vous qui avez placé dans l'homme non pas seulement votre empreinte, mais encore votre image, mettez-y l'ordre par votre grâce; car vous l'avez créé, racheté, sanctifié, pour le rendre participant de votre Vie et de cet Ordre qui est Vous-même.
(l)Priinumquod procedit ab Unitate est ^•Eqiialitas et deinde procedit multiplicitas. Et ideo a Pâtre, cui secundum Augustinum appropriatur Unitas, processit Filius, cui appropriatur Jiqualitas, et deinde creatura cui competit inxqualitas ; sed tamen a creaturis participatur quœdam œqualitas, scilicet proporlionis. (S. Thomas, I, q. 47, art. 2, ad 2"°'.)