Continuation du même sujet
Passons maintenant aux causes intrinsèques de la gravure.
Elle est belle parce qu'elle est semblable à l'idée ; elle est bonne, parce qu'elle est conforme à l'intention. Mais comment est-elle une? Quelle est sa cause formelle? Quelle est sa cause matérielle?
Nous savons que la matière reçoit la forme, et que la forme est introduite par la cause efficiente. Or il y a ici deux causes efficientes. Donc nous devons nous attendre à trouver deux formes et deux matières. Pour fimprimeur, le trait est la matière qui rec-oit l'encre, puisque le terme de son action est de déposer de l'encre; ce trait est capable de recevoir de l'encre noire, rouge ou bleue; elle est en puissance par rapport à la couleur. En un mot, pour l'imprimeur, le dessin est matière et la couleur est forme.
Pour le graveur, le dessin est forme et la couleur est matière.
Nous avons donc ici deux éléments qui sont mutuellement forme et matière l'un par rapport à l'autre, suivant le point de vue où l'on se place. Singulier résultat à la vérité; mais résultat que l'on rencontre souvent et qu'il faut signaler; résultat qui étonne moins, si l'on réfléchit que ces relations mutuelles sont accidentelles et proviennent d'actions juxtaposées.
D'ailleurs si on s'élève plus haut, le paradoxe disparait. L'idée, qui est une, donne l'unité à la gravure. Car c'est elle qui lui donne sa véritable forme ; et cette forme est composée de deux formes accidentelles l'une à l'autre, mais subordonnées l'une à l'autre en vertu de l'idée de l'éditeur.