CHAPITRE II. CAUSES MULTIPLES d'uN MÊME EFFET
multiple de la forme et de la matière suivant le nombre des causes concourantes, — enfin cause dominant les autres et déterminant l'unité de l'effet.
Un seul exemple demande quelques explications spéciales, c'est celui du concours des forces mécaniques. Deux hommes concourent à porter une pierre; deux chevaux tirant dans des directions obliques concourent à faire avancer un bateau suivant une direction intermédiaire. Que penser de ces concours? Comment expliquer cette coordination?
Avouons-le sans fausse honte : la nature intime de la matière et de son activité, l'essence de l'espace et du mouvement nous sont encore bien imparfaitement connues; on ne peut donc expliquer philosophiquement les actions mécaniques qu'en sappuyant sur des systèmes plus ou moins énigmatiques, et je ne me sens nul désir d'entrer dans ces subtilités.
Mais pour l'objet qui nous occupe, il ne sera pas besoin d'hypothèses. Nous nous abandonnerons au courant général de la raison humaine, car nous savons qu'il nous mène naturellement à la vérité.
Eh bien ! demandons aux savants qui s'occupent de la mécanique ce qu'il faut penser des forces concourantes.
Us nous répondront comme il suit : «. Nous ne savons pas comment les choses se passent réellement; mais ce que nous savons, c'est qu'il est une science appelée mécaniçite rationnelle. Cette science est fondée sur quelques postulata d'où tout le reste dérive par voie rigoureuse de déduction. Tous les phénomènes prédits par cette théorie se retrouvent exactement dans le monde des réalités, et cette vérification est la preuve que les principes de la science sont légitimes. Nous pouvons donc, aux lois intimes qui nous sont inconnues, substituer ces lois rationnelles, certains que celles-ci sont des images fidèles de celles-là. Or la loi rationnelle qui régit les forces concourantes, s'énonce ainsi : « Les forces qui concourent agissent, chacune comme si elle
« était seule, et leurs actions se superposent, sans s'altérer, « dans un même effet. »
Telle est la réponse des mathématiciens, et Ton peut traduire, comme il suit, leur théorème dans le langage scolastique : Lorsque plusieurs corps agissent simultanément sur un même sujet, leurs actions restent sans influence l'une sur l'autre ; il y a juxtaposition accidentelle des causes et des actions, et l'efTet total n'est point autre chose que la superposition des effets partiels qui affectent le même sujet.
Chaque homme porte toute la pierre, mais ne la porte pas totalement. Chaque cheval contrihue à tout le mouvement du bateau, mais aucun des deux ne le produit totalement.
Lorsque, entraîné dans la fuite rapide d'un wagon, je lance une boule suivant la verticale, elle décrit dans l'espace une parabole. Cette lig'ne, considérée en elle-même, est aussi simple, aussi une, que la ligne droite. Et cependant trois causes indépendantes concourent à cet effet, et l'action de chacune produit Teffet tout entier, mais sans le produire totalement. Si la boule s'avance, la cause en est initialement la force qui entraine le wagon et tout ce qu'il contient; si elle monte, la cause en est l'impulsion de mon bras; si elle descend, la cause en est la pesanteur.
5. — Première conclusion : Les actions concourantes sont indépendantes, l'une par rapport à l'autre.
Celui qui comparera entre eux les exemples précédents, reconnaîtra en tous certains caractères communs.
Le premier est que, dans le concours simultané de plusieurs causes, chacune exerce une action propre conforme à sa nature. Par conséquent, si les différentes causes sont indépendantes l'une de l'autre dans leur activité propre, leurs actions sur le sujet patient seront, elles aussi, indépendantes les unes des autres. En d'autres termes, lorsque plusieurs causes, indépendantes dans leur nature, concourent iinynédiatement à la production d'un même effet, il y