‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 538 sur 581 · CHAPITRE H. CAISKS MULTIPLES d'iW MKMK KFFKT · texte numérisé non relu

CHAPITRE H. CAISKS MULTIPLES d'iW MKMK KFFKT

a autant d'actions différentes que de causes concourantes.

Il faut tenir fermement à cette proposition, qui, d'ailleurs peut se démontrer comme il suit :

L'action n'est pas une réalité distincte, sorte de flux intermédiaire entre la cause et l'effet. C'est par un véritable abus d'imagination qu'on se figure deux courants sortant de deux causes séparées et venant confluer avant d'atteindre le sujet patient. Nous le savons, l'action est dans le patient, et ne diffère de la modification subie que par une relation formelle à la cause. Donc autant d'actions que de causes immédiates.

A la vérité, l'effet peut avoir une certaine unité dont nous allons parler tout à l'heure. Mais dire que cet effet unique est produit par plusieurs causes concourantes, c'est dire que cet effet dépend de plusieurs causes; c'est dire que cet effet est le terme commun de plusieurs influences distinctes ; c'est dire enfin que cet effet résulte de plusieurs actions.

Par exemple, le fils est le terme unique à la production duquel concourent le père et la mère, mais par deux actions différentes, bien qu'immédiates. Le père engendre, la mère conçoit. Aussi le rapport de tils à père, et le rapport de fils à mère sont deux relations différentes, bien qu'ayant un même terme commun.

6. — Deuxième conclusion : L'effet de ces causes multiples est complexe.

Puisque à chaque cause correspond une action propre, les actions subies par le sujet [)atient, et, par conséquent, ses passions sont en nombre égal aux causes qui agissent. Or nous savons, d'une manière générale, que la modification efl'ectuée, l'action subie et la passion éprouvée, sont une même réalité; d'où résulte qu'à la multiplicité d'actions subies par un même sujet correspond la multiplicité de modifications. Nous sommes donc nécessairement amenés à cette conclusion, que l'efl'et produit par plusieurs causes

concourantes est un ejffet complexe, décomposablc en plusieurs éléments distincts.

Si les actions concourantes sont de môme nature, l'effet total sera un ensemble d'eiï'ots semblables superposés; ainsi en est-il pour les actions simultanées d'ordre mécanique. Si les actions concourantes sont de diverses natures, les effets élémentaires ofiriront la même diversité ; ainsi en est-il dans les autres exemples cpie nous avons cités.

Mais, dans tous les cas, Teliet total présente un caractère de réelle complexité. Toujours la multiplicité de causes, indépendantes les unes des autres et immédiates, introduit la multiplicité dans l'effet, à la production duquel elles concourent ensemble.

Et pourtant cet effet possède une unité propre qui le détermine et le distingue. D'où provient cette unité?

Je sais bien que les différentes actions sont unies entre elles par l'unité même du sujet patient dans lequel elles se rencontrent. Mais cette juxtaposition ne fournit tout au plus qu'une unité matérielle, et c'est l'unité formelle qui nous intéresse.

Je sais encore que, dans cet effet complexe, on peut regarder l'influence de chaque cause comme déterminant une forme dont la matière est fournie parle concours des autres causes. Ainsi, dans l'effet musical qui sort d'un orgue, on peut considérer le son comme une matière fournie par le souffleur, et la mélodie comme une forme venant de l'artiste. C'est là, je ne le conteste pas, un caractère d'unité; mais il reste à savoir d'où provient la convenance entre cette forme et cette matière, et d'où provient leur rencontre.

En résumé, à ne regarder que la multiplicité des causes concourantes et leur indépendance naturelle réciproque, on peut bien obtenir la raison de la complexité offerte par l'eflèt, mais on ne peut obtenir la raison de son unité formelle, et cependant cette raison est la plus importante.

Page 1