Ordre du Monde
Les causes concourantes relèvent d'une cause principale qui les coordonne. Mais Tordre est une raison qui ne peut êfro connue que par une intelligence. Dans le concours d'actions multiples, brille donc, d'un nouvel éclat, la nécessité de remonter jusqu'à une cdiuse principalement principale, c'est-à-dire jusqu'à une intelligence concevant la loi, la décrétant et la faisant exécuter.
Et voilà pourquoi l'ordre qui règne entre toutes les forces physiques de la nature démontre manifestement l'existence d'un Ordonnateur suprême.
Un philosophe grec (1) a développé cette preuve avec une abondance ([ui nous fournit plusieurs beaux exemples
(1) Ce passage est tiré du chapitre sixième du Livre du Monde, autrefois aUribué ;\ Aristote. J'ai traduit exactement, mais en omettant ce qui revenait moins à mon sujet.
d'ordres particuliers, et avec un art qui les fait tous concourir à démontrer l'ordie suprême. Je ne puis donc mieux résumer ce chapitre, qu en citant ce païen à la honte de nos modernes athées.
« II reste à parler sommairement de la Cause Conservatrice de toutes choses. Car ce serait un crime à ceux qui dissertent sur le Monde, d'oublier ce qu'il y a de principal dans le Monde.
« Donc c'est une antique vérité, tradition de famille pour lous les hommes, que toutes choses proviennent de Dieu et nous sont conservées par Dieu, et qu'aucune nature ne se suffit assez à elle-même pour se passer de sa protection salutaire.
M Tous les mouvements des astres ne forment qu'une même harmonie partant de l'unité et se consommant dans l'unité. Aussi doit-on appeler l'univers un ordre et non un désordre. Comme dans un chœur, sous la présidence du coryphée, hommes et femmes s'unissant dans une même danse, toutes les voix, les plus hautes et les plus basses, se fondent dans un harmonieux mélange, ainsi en est-il de l'univers, Dieu dirigeant! Lorsque Celui qu'on peut bien appeler le coryphée suprême donne l'accord du haut de son trône, le ciel tout entier s'ébranle, et les astres décrivent leurs courbes. Le brillant soleil est animé d'un double mouvement; par le premier d'orient en occident, il divise le jour et la nuit ; par le second du nord au sud, il serpente à travers les heures du zodiaque, pour.produire la diversité des saisons. Alors arrivent à leur temps et les pluies, et les vents, et les rosées, et toutes les variations de l'atmosphère, sous la direction de la Cause Première et Primordiale. De là résultent, à leur tour, les courants des fleuves, les gonflements de la mer, les bourgeons des arbres, les sucs des fruits, les naissances, les croissances et les déclins des êtres suivant leur nature propre.
« Lors donc que le Roi et le Père de toutes choses, invisible à tout autre œil qu'à celui de la raison, donne le signal à toutes les natures depuis le ciel jusqu'à la terre, alors chacune commence à se mouvoir dans le cycle et la voie qui lui a été tracée, voie qui tantôt reste cachée, tantôt se montre sous mille formes difîérentes pour se cacher de nouveau, mais qui toujours est tracée par la même main.
« On peut encore comparer cet ordre à ce qui se passe à l'approche d'un combat. Aussitôt que la trompette donne le