CHAPITRE II. CAUSES MULTIPLES d'uX MÊME EFFET
signal à l'armée, l'un saisit le bouclier, l'autre endosse la cuirasse, celui-ci adapte le casque, celui-là le baudrier. On en voit brider leurs chevaux, ou monter dans les chars, ou se passer le mot d'ordre. Tous s'empressent vers leur poste de combat; chaque chef vient se placer à la tête de ses hommes, le cavalier court à l'aile de bataille, le fantassin à son rang. Et tous ces mouvements s'exécutent à un même signal suivant l'ordre établi par le général en chef. Voilà comment il faut se représenter l'univers. Sous une même impulsion, tout accomplit son œuvre. La Cause Première, à la vérité, reste invisible et cachée ; mais cela ne l'empêche pas d'agir, et ne doit pas nous empêcher de l'affirmer. Car l'âme, par laquelle nous vivons et par laquelle nous menons une existence civilisée, est, elle aussi, invisible; et cependant on la voit dans ses opérations, puisque c'est elle qui produit, dispose et conserve tout l'honneur de l'humanité, la culture de la terre, les inventions artistiques, l'usage des lois, la science de la politique, l'administration civile, la guerre au delà des frontières et la paix intérieure. Il faut donc appliquer ces mêmes pensées à Dieu, qui par sa puissance est le plus fort, par sa beauté le plus glorieux, par sa vie l'éternel, et par sa vertu le dominateur. Invisible à toute nature mortelle, il se fait voir par ses œuvres; car tout dans les airs, sur la terre et dans les eaux, tout est Tœuvre de ce Dieu qui met l'ordre partout.
« Et pour tout dire à la fois : ce qu'est le pilote dans le navire, le conducteur dans le char, le coryphée dans le choeur, la loi dans la ville, le général dans l'armée; Dieu est tout cela dans le Monde, avec cette différence pourtant que, dans tous les autres commandements, il y a fatigue, agitation et souci. Mais Lui, sans inquiétude, sans effort, sans aucune de ces lassitudes qui accablent les natures corporelles, trônant dans son immobilité, il meut toutes les choses, et il les conduit toutes où et comme il veut suivant leurs propres natures.
« Et voyez : La loi qui régit la ville n'est pas tourmentée de soucis; elle est immobile, el cependant elle règle tout dans les âmes qui lui sont soumises. C'est par elle que les citoyens vont à leurs fonctions, les archontes au palais, les juges au tribunal, les conseillers à l'assemblée. Celui-ci se rend au prytanée prendre son repas, celui-là est conduit à la justice pour répondre à une accusation, cet autre est traîné au cachot pour y attendre la mort. Pendant ce temps, la ville célèbre les festins civiques, les assemblées aimuelles, les sacrifices reli-
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gieiix, les fêtes des héros et les funérailles des morts; et, toute Cf^tte diversité procède dun même ordre et d'une même Loi, salut pour ceux qui leur obéissent.
« Nous devons penser que cet ordre existe dans la plus excellente des cités, je veux dire dans le Monde. Notre Loi, à nous, c'est Dieu, loi qui ne peut ni fléchir ni changer, balance toujours juste et stable, loi meilleure, je pense, et plus inaltérable que toutes celles qu'on écrit sur des tables. «
Dans ce brillant développement, tous les exemples, considérés en eux-mêmes, sont autant d'ordres où l'on retrouve les principes que nous avons étudiés dans ce chapitre. Mais quelle beauté plus grande encore dans lensemble même de ces exemples, véritable reflet de l'ordre essentiel des choses I