‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 555 sur 581 · Des ordres complexes · texte numérisé non relu

Des ordres complexes

Il y a encore une autre généralisation à opérer dans notre théorie; car nous n'avons supposé qu'un seul but, qu'une seule intention première, soutenant par un seul anneau tout le système des intentions subordonnées. Mais on peut admettre simultanément dans la volonté plusieurs intentions indépendantes. Par exemple, le même homme peut vouloir à la fois et les honneurs et les plaisirs. Ce sont là comme deux fins dernières, comme deux anneaux à chacun desquels est suspendue toute une chaîne plus ou moins ramifiée ; puisqu il y a bien des voies pour parvenir aux honneurs, et bien des routes pour courir à la jouissance.

Or ces deux chaînes peuvent se rencontrer dans des anneaux communs, pour former un réseau complexe, une sorte de filet dont les mailles se rattachent entre elles de

()1() LIVRi; IX. — COORDINATION DKS CAUSKS.

plusieurs manières. Un même moyen pourra donc être le sujet de deux intentions dillërentes ; il pourra être voulu pour deux fins. C'est en suivant les mailles de ce filet, que les intentions premières descendront pour déterminer Tordre d'exécution. Un moyen satisfaisant à la fois à plusieurs fins sera donc voulu de préférence ; et c'est même par ces préférences que saint Thomas démontre la pluralité des intentions simultanées : « Potest aliquid prœeligi alteii ex hoc quod ad plura valet, et sic manifeste homo simul plura intendit (1). »

On voit par là combien le jeu de la volonté devient complexe, combien il est pratiquement difficile de distinguer et de mesurer les diverses intentions qui concourent. Mais si compliquée que soit la formule générale, elle n'est jamais que le résultat des principes simples et clairs que nous avons exposés (2).

(1) s. Thomas, I'" IT'', q. 12, art. 3.

(2) S. Thomas, pour écarter la célèbre objection contre la liberté humaine, se contente de rappeler celte pluralité d'intentions simultanées. Comment, dit-on, la volonté iiumaine, qui ne se décide jamais qu'en vertu d'un motif, pourra-t-eile se déterminer en présence de deux motifs égaux'? Et le saint Docteur répond : Nihil prohibel, si aliqua duo ;equalia proponuntur secundum unam considerationem, ([uin circa alterum consideretur aliqua conditio per quam emineat et magis llectatur voluntas in ipsum quam in aliud. (I' ll''^', q. 13, art. 6, ad 3""')-

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