CHAPITRE IV
DU CHOIX 1. — Position de la question.
Nous venons de rencontrer la question du choix, en parlant de la subordination des moyens à la fin. C'est là, ai-je dit, une grave question, puisqu'elle n'est autre que la question même de la liberté.
« L'acte propre du libre arbitre, dit saint Thomas, est le choix », proprium liberi arbitrii est electio (1), Or, un peu plus loin, distinguant entre vouloir et choisir, il enseigne que vouloi?' a proprement pour objet une fin, et choisi)^ a proprement pour objet un moyen.
Velle importât simpUeem appetitum ahcujus rei, unde voluntas dicitur esse de fine qui propter se appelitur. Fligere autem est appetere aliquid propter alterum consequendum, unde proprie esl corum quu' sunt ad tinein ^2).
Ces principes de l'Ange de l'École vont nous guider dans l'étude délicate que nous entreprenons, et nous permettre de simplifier une question si complexe.
Puisque le choix concerne uniquement les moyens, nous écarterons l'étude des procédés par lesquels la volonté se porte vers la fin. Que cette fin soit voulue nécessairement ou librement, sous linfiuonce d'un motif ou sans motif, peu nous importe actuellement.
Nous écarterons aussi l'influence du motif en tant qu'il émeut la volonté; car nous étudions d'abord la cause, en
(1) s. Tliomas, 1, q. 8.{, art. 3.
(2) S. Tlioinas, Ibid., art. 4.
tant qu'elle agit et non en tant qu'elle pâtit. Une fois la théorie du choix établie pour une cause qui n'est pas mue, nous aurons ensuite à rechercher si le motif altère notre solution. Mais, je le répète, nous devons dabord faire abstraction du motif et ne considérer que l'intention.
Enfin nous n'avons pas à revenir sur le cas où un seul moyen s'offre pour conduire à la tin. Car, alors, rintention delà fin se portant nécessairement sur le moyen par une nécessité de conséquence, il n'y a pas lieu à choisir.
La question du choix se pose donc dans les termes suivants :
Soit une fin que je désigne par F, et deux moyens propres à conduire à la fin mais s'excluant mutuellement, (|ue je désigne par A et B, la volonté qui veut F doit, par une nécessité de conséquence, vouloir A ou B. Mais comment choisira-t-elle ?