CHAPITRE III. RÉALITÉ DE LA MÉTAPHYSIQUE
De plus, cette disposition tend vers un acte qui lui correspond, et permet à la faculté de produire cet acte avec plus de facilité et de perfection. Rabitiis dat faciliiis et perfectius posse. Ceci s'applique encore à l'habitude; on fait bien et on fait aisément ce qu'on fait par habitude.
Enfin, cette disposition s'acquiert par la répétition des actes, et il en est ainsi de l'habitude.
Il semble donc que le mot : habitude réponde aux mots : habitus — £;-.;. Mais cette conclusion n'est pas exacte. Car, si toute habitude est un habitus, la réciproque n'est pas vraie. Pour le prouver, il suffit de remarquer que, d'après Aristote, la science est s;u; or on ne dit pas en français que la science est une habitude.
Quelle est donc la vraie signification du mot grec? Aristote nous la donne par la définition suivante :
u E;i; signilîe une disposition, suivant laquelle le sujet est dans un bon ou mauvais état, soit par rapport à soimême, soit par rapport à autre chose (1). » Ainsi dans le corps, la santé, la maladie; ainsi dans l'âme, la science, le vice, la vertu.
La science est donc un habitus, c'est-à-dire une disposition permanente de l'âme qui lui permet de produire, quand il lui plaît, facilement et parfaitement, des actes de connaissance explicite. On dit le trésor de la science, et ce mot est heureusement choisi. La science, en effet, n'est pas une faculté de l'âme; elle n'est pas un épanouissement purement spontané de Tintelligence. C'est un bien acquis. « Avoir » la science, liabere scicntiam, 'i'/tv> \-\-3-r^\).Tct : trois expressions identiques. La science est un <( avoir » — habitus — ï^iq.
Mais que peut être « l'avoir » d'une faculté essentiellement active, sinon un trésor d'activité? Il faut donc se représenter ce trésor comme une sorte d'activité latente. Si j'osais me servir d'un terme emprunté à la science mo-
(1) Arist., Mélaphys., liv. V, chap. xx.
derne, je dirais que ce qu'on nomme k';iç est une énergie emmag affinée dans la faculté, pour qu'elle l'emploie, quand elle veut, dans ses actes particuliers et explicites; et ce n'est que par la conscience de ces actes, qu'elle a conscience de l'énergie dont elle est riche. De là, enfin, cet adage : Habitus est quo quia aliquid agit, ciim voluerit.