‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 68 sur 581 · CHAPITRE III. R11\L1TJ-: DE LA MÉTAFHYSIQLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. R11\L1TJ-: DE LA MÉTAFHYSIQLE

avant d'insulter à la nôtre ; car c'est précisément à la science de la lumière que nos docteurs empruntent leurs comparaisons, lorsqu'ils expliquent notre connaissance intellectuelle : « Omnis enim cognitio veritatis est quaedam irradiatio et participatio \egis aeternae quae est veritas incommutabilis, ut Augustinus dicit in libro de vera rclisrione (1). »

Notre raison a sa raison en Dieu.

Cette seconde réponse nous montre combien profonde est la raison tirée de Tordre.

S'il existe une Cause Première dont tout provient et tout dépend, l'ordre exige, n'est-il pas vrai, que l'intelligence humaine, elle aussi, en dépende dans sa nature et ses opérations; que toute vérité dérive de cette vérité première; que rien n'ait sa raison complète, sinon par cette raison première.

Si la Cause Première contient tout et soutient tout, se placer hors de cette cause, c'est donc se placer hors de soi-même, et tel est le criminel dédoublement dont je parlais tout à l'heure.

Vouloir que l'intelligence trouve sa raison, son repos et sa sécurité absolue, indépendamment de la vérité sul)stantielle, c'est lui chercher un point d'appui autre que son soutien essentiel. Enfin, prétendre rendre « raison dernière » de la véracité de l'esprit humain, en excluant de propos délibéré la « Raison j)remière » de cette véracité, c'est une pure absurdité.

Et c'est là, sans doute, la plus saisissante preuve de l'existence de Dieu : si l'on admet la cause première, tout s'explique, tout se tient, tout a sa raison complète; si l'on

(1) s. Tlionias, I, II, q. <J3, art. 2.

i V I.IVRi: l'REMlKR. PRINCIPES DK LOr.UjVE.

rejette la cause première, tout sécroule, tout se sépare, tout retombe dans l'absurde (1).

Lorsqu'on étudie par le détail une voûte savamment construite, on part d'une pierre maintenue en équilibre par une autre pierre qui la presse, et remontant ainsi jusqu'à la clef de voûte, on reconnaît qu'en celle-ci réside la raison et la cause de toute la stabilité qu'on admire. Mais que diriez-vous bien de celui qui, arrachant une pierre, chercherait à trouver dans ce bloc détaché la raison de sa propre stabilité, et s'efforcerait de la faire se tenir par elle-même dans le vide?

Voilà pourtant la belle œuvre qu'a entreprise Kant. Il a voulu trouver dans la raison son propre point d'appui. Il n'y a pas réussi, et il a annoncé à la raison cette triste nouvelle qu'elle ne s'appuyait sur rien. Depuis ce temps, cette raison n'a plus été qu'une pierre inerte, ballottée entre les mains dos sophistes, les uns criant : victoire! quand ils la lancent comme uu jouet, les autres criant : défaite ! lorsqu'elle retombe.

Que faire pour éclairer ces athées modernes, sinon les renvoyer prendre des leçons auprès des païens de l'antiquité ?

« Platon, dit Aristocies, comprit qu'il n'y a qu'une seule science embrassant à la fois les choses divines et les choses humaines. Il jugeait que nous ne pouvons connaître ces dernières si d'abord nous n'avons considéré les premières. Si les médecins, voulant apprendre à guérir quelque membre malade, s'appliquent dabord à connaître le corps entier, ainsi faut-il que, pour connaître les choses d'ici-bas, nous connaissions d'abord la nature de l'Univers. Car l'homme n'est qu'une partie des êtres, et des deux biens, le nôtre et celui du Tout, le principal est le bien du Tout, puisque c'est par lui que viennent les biens particuliers. Si l'on en croit Aristoxènes le musicien, c'était là une maxime des Indiens. Il raconte que l'un de

(1) Demonstratione ad impossibile, demonstrabile est Deum esse. Si enim detur Deum non esse, iniiUa sequuntur impossibilia. (Alb. Magn., Sumvi. theolog., I part., q. 17.)

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ces hommes rencontrant Socrate à Athènes lui demanda ce qu'il fallait faire pour être un philosophe. Socrate lui ayant répondu qu'il fallait méditer sur la vie humaine, l'Indien se mit à sourire, en disant que personne ne peut comprendre les choses humaines, s'il ignore les choses divines (1).

Ces païens avaient raison : ou laisser la raison courir joyeuse et confiante vers son Dieu et sa lumière, ou la forcer à s'asseoir dans les ténèbres et à périr d'inanition. Pas de milieu.

Prends donc courage, ô intelligence humaine! et méprise tous ces sophismes. Ton instinctive horreur du faux ne témoigne-t-elle pas d'une noblesse qui répugne à toute honteuse mésalliance? Tu es de race, et tu le sais, à n'avoir d'autre époux que Y « être ». Marche hardiment versce royal hymen dont naîtra le « vrai », image du père dont il procède, joie de la mère qui Fa conçu.

(1) Passage cité par Eusèbe de Césarée. {Préparât. ÉvangéL, liv. XI, cil. ui;— Pdirol. (jrccq., l. XXI, col. 847.)

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