Seconde réponse de saint Thomas
L'intelligence humaine est capable de savoir que le faux n'est pas le vrai. Le sceptique doit en convenir ; sans quoi, ses craintes affectées de confondre l'un avec l'autre
(1) Luc, XI, 11.
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n'auraient plus même de sens. Or savoir que le faux n'est pas le vrai, n'est-ce pas déjà savoir, d "une manière générale, ce qu'est le vrai? La place de l'intelli.çence dans l'ordre des choses est donc là où elle peut avoir l'idée du vrai.
Saint Augustin pousse plus loin ses questions : Comment se fait-il que pour tous la notion du vrai soit la même, avec ses caractères d'éternité et de nécessité? D'où vient qu'une même affirmation soit reçue comme vraie par tous ceux qui l'entendent? Il faut, répond-il, que la vérité domine, et il faut que nous soyons en relation immédiate avec elle.
Si ambo videmus verum esse quod dicis, et ambo videmus verum esse quod dico, ubi, quîeso, id videmus? Nec ego utique in te, nec tu in me : sed ambo in ipsa, qua* supra mentes nostras est, incommutabili veritate (1).
Et saint Thomas, s'emparant de ce beau texte, poursuit :
Veritas autem incommutabilis in j^eternis rationibus continetur. Ergo anima intellectiva omnia vera cognoscit in rationibus aHernis.
Mais, prévoyant l'abus qu'on ferait de cette expression, il en donne l'explication suivante :
Cum qua^ritur utrum anima iuimana in rationibus aîternis omnia cognoscat, dicendum est quod aliquid in aliquo dicitur cognosci dupliciter.
Uno modo, sicut iu objecte cognito, sicut aliquis videt in speculo ea quorum imagines in speculo résultant ; et hoc modo, anima, in statu pra'sentis vitœ, non potest videre omnia in rationibus a'ternis. Sed sic in rationibus a^ternis cognoscunt omnia beali qui Deum vident et omnia in ipso.
Alio modo dicitur aliquid cognosci in aliquo, sicut in cognitionis principio, sicut si dicamus quod in Sole videntur eaqua' videntur per Solem : et sic necesse est dicere, quod anima huraana omnia cognoscat in rationibus a^ernis, per quarum
(1) S. August., Confession., lib. XII, (;a[). \\v.
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participationem cognoscimus. Ipsum cnim lumen inlellectuale quod est in nobis nihil est aliud, quam qua-clam participata similitude» luminis increati in quo continentur raliones anerna'. Unde in Psalmo quarto dicitur : Mulli dicunt : Quis oslendit nobis hona? Gui quœstioni Psalmista respondet dicens : Signatum est super nos lumen vultus lui, Domine; quasi dicat : per ipsam sigillationem divini luminis in nobis omnia demonstrantur (1).
Mais, aussitôt le nom de Dieu prononcé, voici les clameurs impies qui recommencent. Quoi! disent-ils, vous prouvez la véracité de la raison humaine par l'existence de Dieu; puis vous démontrerez l'existence de Dieu, en vous appuyant sur cette même véracité de la raison. Le voilà bien, ce cercle vicieux dans lequel tourne depuis tant de siècles la philosophie spiritualiste! Les Allemands l'ont enfin signalé et dénoncé, et depuis cette découverte, on est en droit d'opposer une fin de non-recevoir à toutes vos apologies.
idais, à mon tour, je dis à tous ces sophistes : Le voilà donc démasqué, ce prétendu zèle de critique sévère! C'est Dieu que vous prétendez nier, en niant la rectitude d'une raison qui lui rend témoignage ; et cette haine de la vérité substantielle vous pousse jusqu'au mensonge.
Car il est faux que nous démontrions la certitude de la raison par l'existence de Dieu, et l'existence de Dieu par la certitude de la raison. La véracité de l'intelligence est une notion dont l'àme a claire conscience et qui ne se démontre pas. Mais nous démonirons l'existence de Dieu, en nous appuyant sur la véracité native de lïutelligence, et nous rendons raison de cette véracité par l'influence de la Vérité Suprême.
Le physicien, de même, se confie à l'œil pour arriver à la science de la lumière, et les propriétés de la lumière lui rendent raison de la nature deToEàl. Insultez à sa méthode,
(1) s. Thom., I, (]. 8i, art. 5.