PREFACE. XVII
des centaines d'enfants infirmes. 11 se dépensa généreusement dans ce ministère apostolique des déshérités et ne parla jamais, qu'avec une toute particulière affection, de ses chers petits paroissiens qui s'étaient montrés si confiants et si dociles. Déjà souffrant, mais faisant effort sur sa douleur, il sortit vers la fin de décembre 1893, par un froid vif, pour administrer son ancien concierge du 98 de la rue de Vaugirard, où il habita quelques années, à la suite des décrets de 1880 qui l'avaient chassé de l'école Sainte-Geneviève.
Trois jours après cette course charitable, le 26 décembre au soir, on frappa en vain à la porte de sa chambre. Tout ému, le visiteur entra et il aperçut le Père de Régnon, assis au coin de sa table de travail, doucement endormi dans la mort. La nouvelle s'en répandit vite dans le quartier, et plus de deux cents lettres arrivèrent il sa modeste résidence, attestant la reconnaissance et les regrets touchants des malheureux qu'il avait assistés. Ce fut toute son oraison funèbre : en est-il de plus éloquente dans sa simplicité sincère et spontanée?
Le bréviaire du défunt était encore ouvert à l'office de saint Jean : l'Église avait déjà célébré les premières vêpres de l'Évangélistc du Verbe et de l'Apôtre de la charité. Le laborieux écrivain s'était lui aussi efforcé, à l'exemple de l'aigle de Patmos, de prendre son essor vers les sommets divins (1), et de donner au prochain, après Dieu, le meilleur de son amour.
Celte mort subite ne fut pas une surprise pour le Père de Régnon, car, chaque jour, il se tenait prêt à répondre
(1) Cf. Lludes sur la Trinilc, t. IH, p. ■iiG-i47. — Métaphysique des causes, y. 323-3'2i, ttc.