‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 7 sur 581 · PREFACE. XV · texte numérisé non relu

PREFACE. XV

heures avant sa mort, portait encore au loin quelques paroles de réconfort. 11 était doué d'un entrain merveilleux, et il en usait largement pour répandre autour de lui, dans la communauté dont il faisait partie, l'émulation de la saine gaieté et l'éclat de la belle humeur. Contraste curieux, qui pourtant n'est pas rare, ce grand semeur de joie était sujet à des accès de mélancolie qui le poussèrent parfois à se figurer les choses sous des couleurs trop sombres. 11 s'imposa courageusement de réagir contre ces tendances déprimantes, comme il le conseillait à ses dirigés : «; Voyez toujours l'avenir en beau plutôt qu'en noir. Je vous parle par expérience : A brebis tondue Dieu ménage le vent. » 11 avait acquis dans ces luttes douloureuses contre lui-même l'art difficile de consoler les autres. Voyait-il quelque nuage assombrir le front de l'un de ses compagnons déroute, il trouvait dans son cœur, passé maître dans la science de l'épreuve, le mot de circonstance, capable de chasser la tristesse qui s'envolait au souffle de sa prévenante charité. Avait-il à adresser des condoléances à quelque ami cruellement frappé, il mettait dans ses paroles ou dans ses lettres un accent d'émotion si sincère et une telle délicatesse de touche que l'on était parfois remué jusqu'aux larmes. Quoi de plus révélateur en ce genre que cette simple réflexion, toute trempée de larmes, qui lui échappe dans l'une de ses lettres : « J'ai voulu vous consoler, et je ne fuis que pleurer avec vous. » La charité expansive du Père de Régnon n'était pas limitée à ses frères en religion, à ses proches et à ses intimes; elle rayonna au dehors (1) et s'étendit à tous les

(1) Le Père de Régnon deinaiida au T. U. P. lieckx la lavour d aller on

XVI PRKl'ACE.

malheureux que la Providence plaça sur son chemin. Quand il était en présence de la misère, réelle ou feinte, son cœur compatissant ne savait pas refuser. Instruit par l'expérience, il ne fut pas longtemps dupe des supercheries traditionnelles; il connaissait le coup « du chemin de fer » et les autres. N'importe : il cédait presque toujours aux vives instances et aux belles promesses de ses solliciteurs, préférant suivre l'exemple de Montalembert qui disait : « J'aime mieux donner neuf fois sur dix à faux, que de repousser un vrai nécessiteux. » Quelqu'un, au courant de son inlassable générosité, lui demanda un jour catégoriquement : « Avez-vous jamais été remboursé ? y> — « Une fois, répondit-il, un brave ouvrier, doux ou trois ans après, me rapporta cinq francs. » Ce fut son « grand succès ».

Le Père de Régnon savait aussi payer de sa personne et donner de son temps : sacrifice parfois héroïque pour un homme si ardent à l'étude et si économe de ses minutes! Et pourtant il écoutait, ayant l'air d'y prendre un intérêt soutenu, les interminables récits et les redites fastidieuses des quémandeurs. Durant sept ou huit ans, il secourut une pauvre femme et son fils, leur envoyant chaque jour un panier de provisions qu'il arrangeait souvent lui-même, et leur portant, en de fréquentes visites, le cordial de paroles réconfortantes. On le chargea quelque temps d'exercer les fonctions d'aumônier à l'établissement de la rue Lecourbe, où les admirables Frères de Saint-Jean-dc-Dieu recueillent, instruisent et soignent

Chine comme missionnaire. Le Père général le remercia de son offre généreuse, mais ne crut pas devoir l'accepter.

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