‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 85 sur 581 · CHAPITRE V. DU PREMIER PRINCIPE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. DU PREMIER PRINCIPE

le fondement du principe auquel on ramène tous les autres sous forme de réduction à l'absurde, elle nous force à conclure que cette même primauté est le fondement implicite de tous les principes premiers de la métaphysique. C'est bien ainsi que le comprenaient nos docteurs. Qu'ils affirmassent : que le même ne peut à la fois être et ne pas être; ou bien, que le devenir aboutit à Texistence ; ou bien que le moins procède du plus; ou bien, que l'acte prime la puissance; ou bien que tout effet a une cause; toujours leur affirmation s'appuyait sur cette même notion fondamentale.

Kant s'est enorgueilli d'avoir inventé la fameuse distinction entre les jugements analytiques et les jugements synthétiques. Il daigne admettre la vérité des premiers, parce que la notion de l'attribut est contenue dans la notion du sujet; mais il rejette les seconds, parce que l'attribut et le sujet nont entre eux qu'un lien extérieur.

On étonnera peut-être les admirateurs de Kant, en leur apprenant que cette distinction est aussi vieille qu'Aristote, On les étonnera davantage, en leur apprenant que nos docteurs n'acceptent pour premiers principes que des jugements analytiques. Les principes, dit et répète saint Thomas, sont connus par leurs termes mêmes, parce que le prédicat y fait partie de la raison du sujet :

Ipsa principia immediata non per médium extrinsecum eoi^noscuntur, sed per cognitionem propriam terminorum. Scito enim quid totum et quid pars, cognoscitur quod omne tolum est majus sua parte, quia in talibus propositionibus, ul supra dictum est, preedicatum est in ratione subjecti (1).

D'après la Scolastique, les principes sont donc connus par eux-mêmes, précisément parce qu'ils sont des jugements analytiques, et voilà pourquoi il n'y a pas d'autre moyen d'arriver à comprendre un principe premier que

(1) s. Thom., Poslerior., lib. I, lect.

PKS CAISICS.

98 LIVRK l»RK.Mli:il. PRINCIPES DK LO(;iOl'K.

d'en approfondir les termes. C'est ce qu'enseigne encore saint Thomas, lorsqu'il distingue les principes « notoires en eux-mêmes », et les principes « notoires pour nous ». Toute proposition, notoire en elle-même, dit-il, est celle dont le prédicat est renfermé dans le sujet; mais une telle proposition ne dit rien à celui qui ignore la définition du sujet (1).

Or, puisque la métaphysique s'occupe de l'être en tant qu'être, il faut que cette raison commune, qui relie intrinsèquement le prédicat au sujet, soit une raison d'être. Elle n'est, en effet, pas autre chose que l'être même, contenant et unissant ensemble toutes ses diverses participations dans l'éminence de son universelle primauté. Aussi, lorsqu'on médite sur les premiers principes, on reconnaît bientôt que, dans tous, c'est précisément la notion de cette primauté qui est le lien d'affirmation entre le sujet et le prédicat. C'est donc un lien vraiment intrinsèque, un lien vraiment nécessaire, un lien évident comme la notion de primauté.

Ainsi, pour conclure enfin, le principe de contradiction

(1) Le passage tout entier est à lire : « Dicitur aliquid per se notuin dupliciter : uno modo, sec^indxun se; alio modo, quoad nos. Secundum se quidem, quœlibet propositio dicilur ])er se nota, cujus praedicatuiu est de ratione subjecli : contingit tanien quod ignoranti diflinitionein subjecli talis propositio non erit per se nota : sicut ista propositio Homo est rntionule, est per se nota secundum sui naturam, quia qui dicit tiominem dicit ralionale-, et tamen ignoranti quid sit liomo hœc propositio non est per se nota. Et inde est, quod sicut dicit Boetius in lib. de Hebdom., quœdam sunt dignitates vel propositiones per se notas comrauniter omnibus, et bujusmodi sunt illœ propositiones quarum termini sunt omnibus noti, ut : Omne totum est inajus sua parte, et : Quie uni et eidem sunt xqualia sibi invicem sunt xqualia. Queedam vero propositiones sunt per se notse solis sapientibus qui terminos propositionum intelligunl quid significent : sicut, intelligenti quod angélus non est corpus, per se notum est quod non est circumscriptive in loco, quod non est manifestum rudibus qui hoc non capiunt.

« In bis autem. quee in apprehensione hominum cadunt, quidam ordo invenitur. Nam illud quod primo cadit in apprehensione est ens, cujus intellectus includitur in omnibus quœcumque quis apprehendit. Et ideo priraum principium indemonslrabile est, quod non est simut affinnare et negare, quod fundatur supra rationem entis et non-enlis, et super hoc principio omnia alla fundantur, ut dicitur in quarto Metaphysic. » ( S. Thom., Sumin. theol., I, II, q- ^4, art. 2.)

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