Vraie formule de l'Hégélianisme
Les sophistes, en niant le principe de contradiction, semblent ne réclamer que l'égalité entre l'être et le nonêtre, et se contenter de donner même poids à l'affirmation et à la négation, de telle sorte qu'elles se contre-balancent dans l'esprit. Mais autant vaudrait tenir en équilibre une balance folle. Il faut qu'un plateau l'emporte, et à bien entendre les prétendus réformateurs, l'être a été trouvé léger, et le non-être seul a poids et valeur; c'est au nonêtre qu'appartient honneur et primauté.
Pour se convaincre de leurs préférences, il suffirait de s'en tenir au seul libellé de leurs aphorismes. Dans leurs propositions, ils aiment à donner au néant la place de sujet, et l'être n'apparait que comme une sorte de prédicat. « Le néant, dit Hegel, en tant que néant, en tant que semblable à lui-môme, est précisément la même chose que l'être (1). »
Il ne faut pas s'étonner de cette prédilection pour le néant. De même qu'égaler dans son amour le bien et le mal, c'est proprement et uniquement aimer le mal; de même, identifier dans sa pensée l'être et le néant, c'est formellement appliquer son concept au néant. En d'autres termes, nier le principe de contradiction et affirmer l'identité des contraires, c'est nier la réalité de l'être et ne retenir comme notion objective que la seule notion du néant.
(1) llénel, t. VI, p. 171.
Mais comment alors expliquer que la notion d'être soit dans l'esprit? — Par le moyen que nos Allemands ont trouvé, et qui consiste dans leur fameux dédoublement entre le, subjectif QiVobjectif. L'être n'est plus qu'une forme subjective que l'esprit produit en lui-môme, en raisonnant sur le non-être objectif!
Vous me direz que c'est faire procéder l'être du néant.
— Sans aucun d'oute, et il en résulte que la formule maîtresse de ces novateurs est précisément la contraire de la nôtre, et que toute leur doctrine se résume dans cette phrase : le non-être prime l'être. Aussi, de là ces belles conclusions que l'on sait : — tout a commencé parle néant ;
— le devenir est la seule existence véritable ; — le plus sort du moins; — ce qui passe est réel, et ce qui demeure une abstraction ; — l'Etre infini est la dernière et la plus vide des abstractions.
Toujours et partout, c'est la primauté du néant affirmée impudemment; le dernier mot de tout ceci est la formule : « Le non-être prime l'être. »